Mon avis sur… Orient – Samurai Quest T. 1&2 de Shinobu Ohtaka

Orient

Parmi les grosses sorties de 2020, Orient fait figure de titre important puisqu’il s’agit de la nouvelle série de Shinobu Ohtaka, la mangaka à qui on doit la série Magi qui va prochainement s’achever chez Kurokawa (en 37 tomes). Cette nouvelle série, prépubliée au Japon dans le Weekly Shonen Magazine en est déjà à 9 tomes parus dans son pays d’origine, alors que les deux premiers volumes débarquent simultanément chez Pika.

J’en profites pour remercier l’éditeur pour l’envoi de ces deux premiers tomes, à la jaquette clinquante du fait de son effet métallisé, qui se démarquera sans soucis au sein des rayonnages. Je vous invite à faire un tour sur le site de l’éditeur pour plus d’informations sur la série (vous trouverez également le premier chapitre disponible gratuitement pour vous faire une idée, comme d’habitude).

Ceci étant dit, voyons ensemble de quoi il en retourne.

XVe siècle, Japon. Le monde est aux mains des oni, d’effroyables démons pourtant vénérés comme des dieux par le peuple, qui ignore tout de leur nature maléfique ! La vérité, seuls les bushi, de valeureux guerriers, la connaissent. Mais ces combattants sont traités en parias et condamnés à vivre dans la honte, de peur qu’ils ne renversent l’ordre établi. Cela n’empêche pas Musashi de rêver avec Kojirô, son ami d’enfance et descendant de bushi, de parvenir un jour à libérer le Japon en mettant un terme au joug des oni ! Ensemble, ils se sont jurés de fonder le plus puissant des clans de bushi. C’est ici que commence leur quête.

De ce pitch assez classique découlent énormément de choses à souligner dans ces deux premiers volumes. Tout d’abord, on constate qu’après les contes des 1001 nuits dans Magi, Shinobu Ohtaka s’attaque de nouveau à un univers très marqué en prenant place au cœur du folklore japonais, avec ses démons spécifiques (les Oni) et les Bushi qui luttent contre eux. De même, les deux personnages principaux sont nommés en référence à deux sabreurs japonais très connus, Miyamoto Musashi (coucou Vagabond d’Inoue) et Kojiro Sasaki. Cela permet à l’autrice de nous proposer un univers très singulier, à l’esthétique marquée d’autant plus que le folklore japonais médiéval se marie avec des éléments ultra modernes.

Moto métalliqueEn effet, dès le premier chapitre on est surpris de voir Kojiro au volant d’une sorte de moto métallique, sans parler de personnages en armure dont le look fait presque penser à du sentai. Si cet élément contraste d’emblée avec l’univers plus « traditionnel » présenté dès le départ, je dois avouer que le mariage fonctionne vraiment bien et confère au titre une esthétique particulière qui lui sied particulièrement bien. Il faut dire qu’Ohtaka a eu le temps de se faire la main sur sa précédente série, et on sent l’expérience dans son trait et dans sa façon de développer son univers, aussi bien visuellement que dans l’écriture.

Car là où le premier tome de Magi (le seul que j’ai lu par ailleurs) me semblait un peu trop rapide et nous présentait son univers de façon abrupte, j’ai ici particulièrement apprécié l’efficacité avec laquelle la mangaka dépeint son univers afin d’en poser les bases. Et dans la grande tradition du shonen nekketsu à tendance aventureuse, on suit un duo de personnages qui n’ont jamais quitté leur cambrousse et qui découvriront donc avec nous le monde tel qu’il est réellement.

J’insiste sur ce point car en plus de ne pas connaitre le monde extérieur, on voit dès le premier chapitre que les populations sont victimes d’une propagande très forte afin de vénérer les Oni comme des dieux et considérer les Bushi comme des monstres. Mais Musashi et Kojiro ne sont pas comme ça, ayant tous les deux grandis en admirant les Bushi, dont le père de Kojiro faisait partie par ailleurs. Cet élément thématique est particulièrement intéressant et très bien rendu dès le premier chapitre, et il y a fort à parier qu’il sera central par la suite. En effet, nos deux héros ne connaissent pas grand chose du monde tel qu’il est, et dès le second volume, on va constater que les choses sont bien plus complexes que les oppositions binaires Bushi/Oni.

Si dans le duo Kojiro est un peu en retrait sur ces deux premiers tomes, Musashi de son côté a déjà une caractérisation des plus réussies et séduisantes. Depuis tout petit, il rêve de devenir Bushi mais est victime de la politique qui veut que ces derniers soient considérés comme des démons. De ce fait, il grandit dans la frustration de ne pas pouvoir exprimer ce qu’il souhaite devenir, mais va quand même profiter de sa formation de mineur pour s’entraîner au combat, développant ainsi une technique toute personnelle mêlant un style traditionnel à ses réflexes de mineur. De plus, on sent que la frustration est un élément important de sa caractérisation et qu’une fois son heure de gloire arrivée, il tient vraiment à en profiter.

J’ai d’autant plus apprécié ce point que dans le second tome, le personnage de Tsugumi est introduit, et la jeune fille partage avec Musashi le fait d’avoir grandi dans la frustration de ne pas pouvoir se révéler pleinement en tant que personne. Je ne développerai pas davantage sur ce point pour ne rien vous dévoiler, mais la mangaka insiste bien sur la question des enfants qu’on force à être quelqu’un d’autre, et j’ai trouvé ça très bien vu et très touchant, en particulier concernant Tsugumi, qui est un personnage plein de promesse.

Premier KishinAinsi, vous l’aurez sans doute compris, en deux tomes, Ohtaka développe déjà avec talent et densité son univers mais également ses personnages et les premiers enjeux du récit. On sent bien entendu que l’on va avoir l’occasion de découvrir encore énormément de choses et que l’aventure va être riche en rebondissements. On a déjà eu l’occasion d’en prendre plein les yeux, notamment au détour d’un premier affrontement particulièrement dantesque et impressionnant. La mangaka ayant un style visuel très vif et dynamique, sans pour autant sacrifier les détails dans son dessin qui permettent de rentrer très facilement dans son univers si singulier. De ce fait, j’ai été très agréablement surpris par la facilité avec laquelle la mangaka arrivait à nous faire entrer dans son univers riche et complexe tout en nous faisant prendre fait et cause pour ses personnages principaux en seulement deux tomes, tout en nous gratifiant d’une bonne dose d’action. Comme si on nous donnait le meilleur des deux mondes pour commencer comme il se doit notre aventure aux côtés de Musashi et Kojiro !

En résumé, j’attendais beaucoup de ces deux premiers tomes d’Orient, qui portaient la responsabilité de me faire entrer dans ce nouvel univers très marqué esthétiquement, et la mission est parfaitement remplie. Non seulement on a droit à une entrée en matière fracassante avec déjà un combat homérique, mais surtout, on entre de plein pied dans le monde que nous a concocté la mangaka, et on découvre des personnages particulièrement séduisants, avec leurs aspirations, leurs failles et leurs blessures. On reste dans les codes classiques du shonen nekketsu, mais le tout est tellement maîtrisé et l’univers tellement séduisant qu’il serait difficile de ne pas céder à l’invitation. Le premier contact est donc totalement concluant, et on suivra avec plaisir nos héros dans la suite de leurs aventures !

26 commentaires

  1. Très très tentée par toutes ces qualités que tu soulignes !
    En plus ce côté traditions x modernité sur fond de mythologie me rappelle un peu Shaman King comme dans la première image n&b que tu as mis où on retrouve la même compo dynamique, même si les sujets sont éloignés, ça ne peut être que bon signe ^^

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    • Je t’avoue n’avoir jamais lu Shaman King (j’ai l’espoir qu’une mediatheque investisse dans la réédition) donc je te fais confiance sur la similarité potentielle entre les deux.

      En tout cas j’ai vraiment adoré ces deux premiers tomes, et je me suis retenu de parler du point qui m’a sûrement le plus touché car je ne voulais pas spoiler, mais je peux te dire que Tsugumi, potentielle 3e membre du groupe est particulièrement réussie 😉

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  2. Très franchement j’adore toute les séries (anime, drama, etc) qui mélange l’histoire avec des technologies du présents (voire du futur) avec une petite dose de fantastique/fantasy ^^ Il y a de fortes chances que je me laisse tenté une fois que j’aurais fini de compléter quelques séries…

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    • Je comprends tout à fait.
      J’ai été très étonné quand j’ai lu le premier chapitre il y a quelques mois sur le site de Pika, et du coup j’ai eu le temps de m’y faire et finalement ça passe très bien à mes yeux.
      Mais comme toujours avec les esthétiques tres marquées, ça peut tout à fait ne pas plaire.

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    • Ouais,je comprends.
      Moi je n’arrive pas à me retenir de me lancer dans des séries ce quifaitque je ne complète rien…
      Un de mes objectifs avant la fin de l’année et d’acheter tout Billy Bat… il me manque 14 tomes.

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  3. Ravi de voir que ces deux tomes t’ont plu également ! La mangaka sait comment créer des univers passionnants et des persos attachants en peu de pages. De fait, on rentre vite dans l’histoire 😍
    Et bravo à nous pour avoir parlé du titre le même jour, on est synchrone 😎😝

    Aimé par 1 personne

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