Chobits T.1&2 : retour d’un incontournable du catalogue Pika pour ses 20 ans

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Si vous vous intéressez au manga, vous savez certainement que l’éditeur Pika fête ses 20 ans cette année. L’occasion de proposer une belle quantité d’événements éditoriaux, avec notamment un certain nombre de rééditions et réimpressions attendues. Chobits, manga majeur du collectif CLAMP, est dans ce cas de figure. Ce collectif étant très important dans l’histoire éditorial de Pika, il n’est pas étonnant de le voir mis à l’honneur par le biais du retour d’une de ses séries fortes. Précisons d’ailleurs que le shojo Kobato, également de CLAMP a aussi droit à une réimpression cette année.

Chobits avait été publié pour la première fois par Pika en 2002, avant de connaître une édition double en 2011. Cette réédition est donc l’occasion de remettre en avant une série importante de leur catalogue, qui fête également ses 20 ans au Japon, en modernisant notamment sa couverture afin de la rendre plus actuelle tout en s’accordant avec la charte visuelle des nouvelles éditions de Card Captor Sakura. Chaque tome est également agrémenté d’une carte à collectionner. Deux tomes sont déjà sortis, à 8,20€ chacun, et la série fera au final 8 tomes, comme l’originale. Tout ceci étant précisé, voyons maintenant de quoi parle ce seinen (car oui, CLAMP ne fait pas que du Shojo).

À une époque où la technologie s’invite désormais dans tous les foyers sous la forme de “Personal Computers”, Hideki rêve lui aussi de disposer de l’un d’entre eux. Seulement, difficile pour le jeune étudiant fauché qu’il est de s’en procurer un ! La chance lui sourit le soir où il découvre un ordinateur jeté aux ordures, arborant les traits d’une splendide jeune fille. Problème : elle ne sait dire que “chii” ! Mais loin d’être cassé, ce PC dispose en fait d’un potentiel dont Hideki n’a pas idée et que beaucoup convoitent…

Dans le monde d’anticipation dans lequel se déroule l’histoire, les PC ont des apparences humaines et sont en mesure d’accompagner et de communiquer avec les gens. Ceci semble d’ailleurs créer une forme de jalousie chez certaines personnes, notamment les femmes qui se sentent en concurrence avec ces robots. C’est notamment le cas de Yumi, une collègue du personnage principal, Hideki. Ce dernier ayant trouvé un PC abandonné dans une poubelle, qu’il baptise Chii car elle ne sait prononcer que ce mot, ne disposant pas d’OS assurant ses fonctions de base.

Ainsi, le premier élément qui saute aux yeux dans ce manga vient de la façon dont les PC sont dépeints, avec cette apparence quasi humaine qui leur donne une forme de familiarité et d’étrangeté, mais surtout, qui permet de développer un discours très intéressant. Et sur ce point, je suis d’ailleurs très étonné de constater la pertinence de ce qui est raconté alors que le manga a 20 ans. Au-delà des questionnements sur le réalisme des robots dans la vraie vie, de plus en plus poussé, ce manga semble avoir compris assez tôt le devenir numérique des sociétés. Je dois avouer que la lecture des deux premiers tomes m’a fait penser à un documentaire Netflix dont j’ai oublié le nom, sur le lien entre technologies et relations sociales. Un épisode du docu était notamment centré sur un jeune homme japonais qui refusait d’avoir de « vraie » relation de couple, et en vivait une virtuelle avec un logiciel sur sa 3DS, ce qui le comblait totalement.

Mais au-delà de ce cas vraiment spécifique (mais pas forcément si rare dans le pays), la question des relations humaines et de la solitude semble être la corollaire de celle de l’importance des PC dans la société. En effet, en seulement deux tomes on comprend que la plupart des personnages principaux souffrent d’une grande solitude, que ce soit Hideki qui n’a jamais connu de femme, Minoru Kokubunji, dramatiquement seul bien qu’entouré de PC, ou encore mademoiselle Himizu, mariée mais tellement seule qu’elle sort avec ses élèves… Chacun semble porter le poids d’une grande solitude, pour des raisons différentes. Et même sans vraiment bien connaître la société japonaise, la plupart des fans de mangas doivent quand même avoir conscience que depuis plus de 10 ans, cette dernière connaît de gros problèmes de natalité, liés à plusieurs raisons, dont des soucis de plus en plus prononcés d’interactions sociales qui enferment beaucoup de gens dans la solitude, et pas seulement les otakus.

Ainsi, dans l’univers de Chobits, l’apparence des PC semble avoir évolué de façon naturelle pour accompagner les gens au quotidien, y compris dans la rue, afin de tromper la solitude. Et sur certains points, il est compliqué de ne pas voir en eux des smartphones à l’apparence humaine. C’est sûrement un des points qui m’a le plus marqué dans le récit : sa grande modernité qui fait qu’on pourrait tout à fait le prendre pour une sortie récente alors qu’il a déjà 20 ans.

Chii

Et en plus de cette grande richesse thématique, il y a le personnage de Chii, autour duquel un mystère assez épais se construit (et j’imagine central pour le développement de l’intrigue). Pourquoi a-t-elle été abandonnée ? Comment se fait-il qu’elle puisse apprendre si facilement sans programmation ou installation de logiciels ? Qu’est-ce que les Chobits ? Beaucoup de questions déjà posées, qui trouvent par endroit des débuts de réponses, et dont on aura le fin mot au fil du récit à n’en point douter.

PC en vitrineEt puisque je parle de Chii, impossible de ne pas évoquer la dimension sexuelle du récit, qui passe bien entendu par les PC à l’apparence féminine (il peut aussi y en avoir à l’apparence masculine, mais on n’en a vu aucun pour le moment), mais aussi par les femmes entourant Hideki, et aussi par le comportement du jeune homme, ce dernier ayant une certaine fascination pour la pornographie (ceci est tourné de façon humoristique). Ce n’est pas un hasard si Hideki doit appuyer sur un bouton situé entre les jambes de Chii pour la mettre en route, et le PC est d’ailleurs très nettement sexualisé, jusqu’à une sequence de Peep Show où elle se dévêtis sous des regards pervers, rappelant le phénomène récent des Camgils.

Tout ceci concourt à poser un univers riche, crédible, et très pertinent dans son discours. De plus, que ce soit dans l’esthétique ou l’ambiance globale, on a le sentiment d’être dans une fable qui tranche avec les récits de SF très réalistes et crus, sans pour autant perdre en richesse thématique. Et cette édition étant classique mais impeccable, avec quelques pages couleurs en début de tomes, et surtout, une jaquette de toute beauté, elle me semble l’occasion idéale pour ce classique de trouver un nouveau public, dont je fais d’ailleurs partie. Une très belle et riche entrée en matière !

40 commentaires

  1. Encore une belle chronique.
    J’avais acheté et lu la série lors de sa première sortie (au passage, j’en préférais largement les couvertures qui étaient loin de faire tache 😉 ) mais j’avais vraiment été dérangée à l’époque par la représentation des femmes dans le titre et ça ne m’avait pas donné envie de la garder. Mais ayant vieilli je serai curieuse de voir si je perçois à nouveau ça ou pas aujourd’hui ou si je trouverai autre chose qui m’accrocherai dans le titre.
    Au passage, pour moi, ce n’est pas tant le titre qui était révolutionnaire dans sa vision de la société mais plutôt notre société qui a bien peu évolué depuis et c’est triste ^^!

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    • C’est possible aussi concernant la modernité du titre et le fait que la société n’ait en fait pas trop avancé. Comme je n’ai pas une acuité énorme sur tout ça et que je ne m’intéresse finalement pas depuis si longtemps à ces évolutions, je ne saurai dire.

      Pour les couvertures, je t’avoue que de mon côté, je n’aime pas du tout les anciennes, comme pour Sakura d’ailleurs. Je trouve que la charte visuelle actuelle des deux séries est plus sympa, ça donne un effet « cadre » qui me plaît. Mais c’est une question de goûts personnels.

      Pour ce qui est de la représentation des femmes, à voir en allant plus loin mais pour le moment je trouve justement que ce sont les personnages féminins les plus réussis, avec un côté peut-être archétypale voire cliché, mais qui ne me dérange pas. À voir cependant comment ça va évoluer.

      Quoi qu’il en soit, j’ai vraiment été agréablement surpris par ces deux premiers tomes, je ne pensais pas aimer autant.

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  2. Je suis d’accord avec toi sur l’étonnante intemporalité de cette oeuvre: 20ans mais toujours autant d’actualité.

    Continue la série, la fin apporte toute les réponses et conclu admirablement l’histoire tant que la morale.

    Perso, comme dit sur twitter, j’ai craqué pour la deluxe à l’époque de sa sortie, l’édition était tellement belle que j’ai craqué sans me renseigner sur l’histoire. Mais j’ai été agréablement surpris par elle du début à la fin

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  3. Je suis sur le premier tome, et j’aime bien, c’est sympa. Par contre, la sexualisation et infantilisation des femmes est un peu dommage. Rien que voir comment on allume un ordi, c’est un peu chaud, faut appuyer sur le bouton magique 🤣

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  4. C’est le seul Clamp de l’époque auquel je n’ai jamais accroché.
    J’ai le tome 1 d’origine mais je me suis arrêtée là et je n’ai jamais lu la suite. Il y avait ce côté fan service que je n’appréciais pas du tout. Peut-être faudrait-il que je le lise mais je reste toujours aussi sceptique sur ce récit alors que je suis un trèèèèèèèèès grande fan de l’oeuvre de Clamp ou du moins celle d’il y a 20 ans 🙂 .
    Pour Kobato, là c’est du génie Clamp tout craché mais on en reparlera…

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    • Ah dans ce cas ça me donne envie de profiter de la réédition de Kobato !
      Pour Clamp, je ne connaissais que Sakura, dont j’aimais beaucoup l’anime quand j’étais ado, mais quand j’ai lu le manga l’année dernière je n’ai pas trop accroché, je dois l’avouer.
      Pour le côté fan service de Chobits, je ne peux pas te contredire, mais je trouve que le manga a beaucoup de choses à proposer donc je passe outre, je me demande surtout si ça va avoir une utilité ou un sens plus tard toutes ces allusions sexuelles.

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      • Clamp avait des séries vraiment incroyables et particulières. Moi j’ai commencé avec « X ». J’achetais toutes les séries traduites. Clamp c’était un gage de qualité visuelle et narrative assuré.
        L’autre semaine en archivant mes mangas j’ai même retrouvé des bijoux d’édition japonaise dans ma mangathèque dont je ne me rappelai plus du tout concernant Clamp. Il faudrait qu’un jour je fasse un point sur mon blog à ce sujet, ce serait amusant 🙂 .
        J’ai entassé tellement de choses depuis 30 ans que je ne sais même plus tout ce que je possède… un vrai drame.

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      • Ça m’intéresserait beaucoup en tout cas un point là-dessus !
        Comme je te l’ai dit, je connais surtout de nom et de réputation. Certains titres de séries ne me sont pas inconnus, comme Tsubasa Reservoir Chronicles ou XXX Holic, mais je n’ai aucune idée de ce dont parlent ces séries. Mais j’ai prévu de me lancer un peu dans la carrière de ce collectif, même si ça rallonge encore ma liste de lectures…

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      • C’est une oeuvre complète qu’il faut prendre au commencement pour bien appréhender l’ensemble.
        Par exemple moi j’ai commencé par « X ». A l’époque cette série battait alors son plein au Japon. Après avoir rattrapé mon retard sur les tomes alors sorti en France, j’ai commencé Tokyo Babylon (antérieur) à « X ». Et bien j’ai vu « X » d’une façon bien différente parce que ces deux séries sont liées.
        Bon je vais noter « faire un point sur l’oeuvre de clamp ». Cela me fera du bien. Mais je dois relire avant… et ça ça va me prendre du temps :-).
        L’oeuvre de Clamp est considérable donc bon courage !

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  5. J’adore le travail de CLAMP ! Je relis d’ailleurs régulièrement Tsubasa tant j’aime le trait et l’imaginaire qui est développé dans leur travail. Par contre, si Chobbits m’a régulièrement tenté, je ne l’ai jamais acquis … Peut-être que je vais me laisser convaincre à la fin du confinement

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      • J’ai bien compris cette notion de modernité intemporelle (oh le bel oxymore ^^) en lisant ton article. Par contre, je ne sais pas si ça me frappera autant que pour toi, étant donné que j’arrive assez facilement à faire abstraction de l’époque où le titre a été écrit, je me concentre plus sur ce qu’il contient.

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      • Moi j’avoue que je ne peux pas m’empêcher de penser à l’époque où les œuvres ont vu le jour. Ça vient de mon côté passionné d’histoire des médias. Je suis pareil avec le cinéma et le jeu vidéo par exemple.

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      • C’est un point de vue que je comprends aisément, mais j’ai appris à faire abstraction de ce « détail » (qui n’en est pas un) étant donné que je lis beaucoup de polars, comme il s’agit d’un genre où les femmes sont souvent mal considérées, imagine si je devais monter sur mes grands chevaux à chaque réflexion misogyne d’un vieux policier bougon des années 80 😅

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  6. Ouiiiiii, je ne peux que t’encourager à lire ce manga ! (tu as l’air convaincu, j’ai même pas besoin de dire quoi que ce soit)

    J’ai la première édition et clairement, « Chobits » fait partie de mes mangas préférés. (et j’adore les CLAMP aussi, bien que je n’ai pas tout lu d’elles, manque de sous oblige) Je ne te spoilerai pas, t’inquiètes, tu me donnes envie de le relire alors que ce n’est pas le moment par contre TT

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    • Ah ben tu m’en vois navré de t’avoir donné cette envie 😉

      Et effectivement, je vais poursuivre avec grand plaisir. En plus la série est courte donc ça se fera tout seul !
      Je n’ai lu que Sakura de CLAMP et je dois avouer que c’est trop orienté jeunesse, alors que j’adorais l’anime quand javais 12 ou 13 ans. Mais j’ai vieilli, c’est comme ça. Mais j’ai envie de me pencher un peu plus sur ce que le collectif a fait de beau !

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  7. […] Encore une semaine avec un rythme de croisière normal avec 13 volumes lus, ce qui est très correct. Sachant que cette semaine est quasi entièrement sous le signe des mangas offerts par les éditeurs en numérique puisque la seule exception est Chobits, dont j’ai lu les deux premiers tomes au format papier grâce à la réédition que propose Pika. Un début très enthousiasmant me concernant, vous pouvez voir mon avis complet en suivant ce lien. […]

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  8. Je ne pensais pas non plus apprécier Chobits quand je l’ai lu au collège mais je garde un bon souvenir de cette œuvre (je ne pense pas pour autant la relire, j’ai à peine du temps pour lire les nouveautés au pied de mon lit 😅).
    En tout cas, avis très construit, tu as bien su relever les thématiques fortes de l’œuvre !

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