Beastars Saison 1, une adaptation à la hauteur ?

Beastars

Vous le savez sûrement si vous avec l’habitude de me lire, je considère Beastars comme un chef d’œuvre, et comme la meilleure nouveauté de 2019 en terme de manga. Depuis le premier tome, cette série n’a pas cessé de me faire vibrer, sans jamais subir de baisse de qualité. De ce fait, j’attendais pas mal l’adaptation animée produite par Netflix, d’autant plus que les premières images laissaient à penser qu’un gros travail avait été fait pour conférer à l’anime une identité visuelle propre, de la même façon que le manga se démarque des autres d’un point de vue esthétique.

Avant de voir si cette adaptation est à la hauteur selon moi, petit point sur ce que la saison 1 raconte. Car celle-ci fait 12 épisodes, et adapte les tomes 1 à 6 (pas en intégralité pour le sixième), de ce fait, malgré un faible nombre d’épisodes, on a le temps de voir plusieurs moments forts du manga transposés en mouvement. Précisons également qu’on doit cette adaptation au studio Orange, qui est apparemment spécialisé dans l’animation 3D (qui est en l’occurrence la technique utilisée sur Beastars). Ceci étant dit, voyons ensemble de quoi il retourne.

Je vais resituer très rapidement l’histoire, car j’en ai déjà longuement parlé sur le blog. Beastars se situe dans un univers proche du notre, mais dans lequel ce sont des animaux anthropomorphisées qui évoluent, à la manière du film Disney Zootopie (qui est d’ailleurs très réussi). L’histoire commence alors que l’alpaga Tem a été assassiné au sein de l’Institut Cherryton. Or, tuer d’autres animaux est un crime, car dans cet univers, les carnivores ont cessé de manger de la viande et consomment des substituts. On suit donc Legoshi, élève de l’institut membre de la section théâtre, mais surtout loup gris qui était ami avec Tem. C’est en le suivant que l’on découvrira ce monde particulier, dans lequel les herbivores et les carnivores se côtoient de façon cordiale, non sans une certaine méfiance. Paru Itagaki, l’autrice du manga a expliqué qu’il s’agissait d’une œuvre avec des animaux qui parle des comportements humains, et c’est la meilleure façon de le décrire. Je n’en dirai pas plus car j’aborde les différentes thématiques du récit au fil de mes articles si cela vous intéresse.

Une esthétique marquée

Comme je l’ai dit précédemment, le studio Orange a fait le choix de l’animation 3D pour cette adaptation. Une technique souvent décriée, et pour cause, on compte bon nombre de cas où celle-ci donne des résultats visuellement pas terrible, voire pire. Mais comme toutes les techniques, si elle est maîtrisée, elle peut s’avérer très intéressante. Et dans le cas de Beastars, passé un petit temps d’adaptation, je dois dire qu’elle s’avère très flatteuse. Et ce n’est pas tant la 3D en tant que telle qui demande un temps d’adaptation, mais l’animation qui donne un rendu saccadé je trouve dans un premier temps.

Mais on s’y fait rapidement, et l’ensemble finit par très vite coller à l’ambiance de l’œuvre originale de Paru Itagaki, tout en s’en démarquant visuellement, si bien que l’anime et le manga trouvent chacun leur propre style. C’est en l’occurrence quelque chose qui me plaît bien, car cela permet de vivre une expérience différente autour de la même histoire, permettant à chacun et chacune d’y trouver son compte.

Ainsi, l’anime apporte une très belle touche visuelle à l’histoire, avec un gros travail sur les couleurs et les ambiances, et ce que ce soit durant les scènes de jour ou de nuit. La diversité des espèces animales fait que les artistes ont pu se faire plaisir sur les couleurs, tout comme avec les décors de l’institut et certains moments forts (je pense par exemple à la représentation théâtrale au début, mais à d’autres passages clés).

Legoshi et Haru

De même, le travail esthétique autour de Legoshi est très marqué et fonctionne vraiment bien. Car tout comme dans le manga, les émotions du loup sont au cœur du récit et les animateurs ont trouvé des techniques visuelles propres à leur média pour mettre tout cela en avant. Que ce soit dans le travail sur l’odorat de Legoshi, ou sur ses accès de colère, sans crier à l’originalité pure, je trouve qu’il y a une belle recherche visuelle qui fait très plaisir.

Opening

Ce qui fait qu’en terme d’esthétique, on tient déjà une très belle adaptation, qui trouve son propre style et ce dès le générique d’ouverture en stop motion qui rappelle Fantastic Mr Fox de Wes Anderson (et j’ai du mal à croire que ce ne soit pas une référence volontaire d’ailleurs). Pour finir sur l’esthétique, signalons aussi qu’à quelques occasions, malheureusement trop rares, des techniques d’animation différentes sont utilisées, donnant à des séquences clé des tonalités particulières et très réussies.

Et si l’esthétique est de très belle qualité, la mise en scène n’est pas en reste…

Une mise en scène sur-signifiante

Vous excuserez le terme barbare employé, qui est un reste de mes études en cinéma. J’entends par « sur-signifiante » que la mise en scène ne se contente pas d’illustrer visuellement l’histoire, mais qu’elle parvient par la composition des images, les mouvements de caméra et autres, à appuyer le sens de l’histoire et rendre compte des émotions des personnages. Je tenais à le préciser car c’est quelque chose auquel je suis sensible en règle générale, et que je retrouve finalement assez peu dans les animes. Or, Beastars étant une œuvre qui travaille avec intelligence et subtilité la question des émotions et des pensées des personnages, le fait que la mise en scène de l’adaptation cherche à se mettre au diapason du manga est un point très important.

Split ScreenJ’ai noté l’utilisation d’un certain nombre de techniques très souvent employées au cinéma, qui fonctionnent ici parfaitement même si cela manque parfois de subtilité. Mais le principal et que ces idées visuelles appuient bien le sens de ce qui est dit. Je pense en particulier à l’utilisation de split-screen (c’est à dire l’écran scindé en deux), essentiellement lors de séquences où des personnages aux visions différentes se confrontent. Il y en a notamment beaucoup avec Louis, qui permettent de souligner le fait qu’il ne gravite pas dans les mêmes sphères que les autres. De la même façon, lorsqu’ils concernent Legoshi, cela permet de souligner à quel point le loup est en décalage et ne sait pas comment se comporter avec ses camarades.

HaruUne autre technique visuelle souvent utilisée mais que j’aurai du mal à décrire (que vous voyez à droite, pour vous la représenter plus facilement), consiste à montrer la silhouette du visage d’un personnage, avec ses yeux en évidence et ce qu’il voit avec une sorte d’effet de surimpression. Il est utilisé à plusieurs reprises durant l’anime et semble souligner des passages où les personnages sont perdus dans leurs pensées et font le point sur leurs sentiments en même temps qu’ils se focalisent sur ce qui est sous leurs yeux. Cet effet est surtout utilisé concernant la relation entre Legoshi et Haru (ou en tout cas, c’est vraiment dans ces moments que cela m’a le plus marqué).

Je pense que dans le cas d’une histoire comme celle de Beastars, à la grande richesse thématique, il était nécessaire de trouver des idées de mise en scène pour en appuyer le propos. Encore une fois, je ne vais pas m’étendre sur tout ce que cette histoire a à offrir en terme de richesse thématique car je ne veux pas trop en dévoiler, mais je suis déjà pas mal revenu dessus au cours de mes articles sur les différents tomes du manga. Précisons simplement que tout ce travail thématique transparaît totalement dans cette adaptation animée, qui n’a pas édulcoré certains éléments, permettant ainsi à l’œuvre de garder toute sa pertinence.

Enfin, il est impossible de parler de la mise en scène de Beastars sans évoquer l’impact de l’animation 3D sur celle-ci. La différence majeure entre l’animation 2D et la 3D est, il me semble, le fait que la 3D propose plus de liberté en terme de mouvements de caméra, permettant des travellings dans tous les sens. La virtuosité de la mise en scène des manœuvres tridimensionnelles dans L’Attaque des Titans est par exemple quelque chose qu’il aurait été compliqué voir impossible à retranscrire avec de l’animation Full 2D.

Mikasa
L’Attaque des Titans

Et si l’utilisation de la 3D dans Beastars permet tout le long de cette première saison de beaux moments de mise en scène, c’est clairement dans les séquences d’action que la plus-value est la plus évidente. Car sans spoiler, on a droit à quelques moments de bravoure dans cet anime, que ce soit lors d’un conflit qui arrive assez tôt entre Legoshi et un autre élève, ou surtout lors d’un combat qui était déjà mémorable dans le manga, qui se retrouve ici magnifié selon moi. Cette séquence étant au final à l’image de l’ensemble de cette saison, puisqu’elle tire parfaitement partie des possibilités offertes par l’animation pour retranscrire à sa façon tout ce qui m’a fait vibrer dans le manga. Car j’ai volontairement évité de trop parler de ce qui se déroule, mais que ce soit dans la caractérisation des personnages, dans l’évolution de leurs rapports ou dans les séquences choc, tout est parfaitement retranscrit et m’a permis de redécouvrir d’une autre façon une histoire qui me touche énormément.

En conclusion, une adaptation réussie ?

Vous l’aurez donc compris à ce stade je pense, mais pour moi, l’adaptation est réussie à 100%. Je n’ai pas relu le manga avant, mais il ne me semble pas qu’il y ait eu de véritable modification ou que le récit ait été amputé, et c’est tant mieux. Mais surtout, le studio Orange a fait un excellent travail d’adaptation en transcrivant en mouvements, en musiques et en couleurs ce qu’on trouve dans les pages d’Itagaki. Et ce en proposant son propre style, que ce soit avec son esthétique marquée et sa mise en scène de qualité, sans jamais trahir l’esprit du manga. De ce fait, cette première saison m’a ravi, et j’espère vraiment qu’elle sera l’occasion pour beaucoup de monde de découvrir cette œuvre que j’aime tant.

22 commentaires

  1. bonjour, comment vas tu? je te rejoins complètement. j’ai commencé la manga juste avant le confinement, ce qui fait que je n’ai lu que les 4 premiers tomes (ton article m’avait donné envie, en plus des conseils de mon collègue) et j’ai donc débuté l’anime ces jours ci, avec un grand plaisir également, alors que je suis quelqu’un qui déteste la 3d. je trouve que le travail effectué est au top. la suite est prévue pour 2021. passe un bon mardi et à bientôt!

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    • Salut. Tout v bien de mon côté, j’espère qu’il en est de même pour toi en cette période de confinement.

      Ça me fait très plaisir que tu te sois lancée, et surtout que ça te plaise !
      J’ai vu que la deuxième saison est prévue pour 2021. Ils peuvent de toute façon faire une saison par an, vu que le manga touche à sa fin au Japon.

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  2. J’ai profité qu’il y ait la saison 1 sur Netflix pour avoir un aperçu de ce mangas dont tout le monde parle et je n’ai malheureusement pas été convaincue 😔

    Je n’ai aucun problème avec la 3D ou autre, c’est l’histoire en elle-même avec des animaux humanisés qui ne m’a pas emballé. Pourtant, je vois bien les thèmes abordés et je les trouve intéressants mais ça n’a pas suffit… 😕

    Du coup, si tu dis que c’est vachement fidèle au mangas, je crois que je vais m’abstenir ><

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  3. Concernant le fait que les scénaristes de l’anime aient modifié certaines choses par rapport au manga *, je conseille aux plus curieux de visiter ce site * : https://beastars.fandom.com/wiki/Beastars_Wiki

    Épisode par épisode, tous les points de divergence entre les deux versions y sont expliqués.

    * Car il y a forcément des modifications obligatoires en termes d’adaptation, comme l’explique cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=3rMc83SF4rA
    * Il n’est toutefois consultable qu’en anglais et en espagnol.

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  4. De rien. J’ajouterai que pour moi, le point le plus fort de cet anime demeure le fait que les scénaristes ont réussi à reprendre en seulement 12 épisodes, les deux premiers arcs narratifs du manga *.

    Et résumer 49 chapitres en 12 épisodes, c’est un très gros défi.

    * Chapitres 1 à 17 (épisodes 1 à 5) pour le premier, et 18 à 49 (épisodes 6 à 12) pour le deuxième.

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  5. Si je ne m’étais pas déjà lancée, tu m’aurais convaincue avec un article pareil.
    Par contre… Je ne sais pas mais l’anime coince un peu pour moi. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai lu le manga ou si c’est que j’ai du mal à accrocher. Je n’exclus pas non plus le fait que les conditions pour visionner ne soient pas idéales. Je reprendrai après le confinement.

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      • Et généralement, certains fans de tel ou tel livre n’aiment pas l’adaptation à cause des libertés prises sur le déroulement de l’intrigue. Alors qu’adapter une œuvre littéraire sous forme de film ou de série implique nécessairement de prendre des libertés. (Tout comme l’explique la vidéo dont je t’ai donné le lien.)

        Car tous les éléments de l’original ne peuvent pas forcément être repris tels quels dans une adaptation. Mais d’un autre côté, une adaptation trop proche de l’original perdrait de l’intérêt en raison du manque de surprise.

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      • Oui, une adaptation c’est toujours un numéro d’équilibriste, où il faut proposer une autre vision de l’histoire tout en retranscrivant son message ou son ambiance.
        Dans le cadre des mangas/anime, je pense que cest quelque chose de particulier car cest très ancré dans la culture japonaise le « média mix »

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  6. Je compte acheter le manga papier à la fin du confinement. C’est grâce à toi que je m’y suis intéressée. En le voyant sur Netflix je me suis souvenue de ton enthousiasme et je me suis dit bon pourquoi pas… Je ne savais quand même pas quoi regarder d’autre. Du coup en une soirée j’ai bingewatché toute la saison 1. Impossible de lâcher. Gros coup de cœur. Du coup je rejoins à 100% tout ce que tu as dit dans cet article d’une belle qualité et je te dis un grand merci pour la découverte ☺️

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    • J’ajouterai que parmi tous les thèmes qu’aborde cette histoire, l’un se fait davantage ressentir lorsque Haru est prisonnière du gang des Lions. (Même bien plus que le soir où Legoshi n’a pu s’empêcher de se jeter sur elle.)

      Car si l’on prend en compte tout ce qu’ils lui font subir, il y a : kidnapping, menaces, attouchements, atteintes à la pudeur. (Compte tenu de la différence d’âge entre la victime et ses ravisseurs, tout cela pourrait même s’apparenter à de la pédophilie.)

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