Premier contact avec… Happy ! de Naoki Urasawa

Happy

C’est une des grosses actualité de ce mois de février en terme de manga, voire la plus importante me concernant : Panini, dans son plan de relance, a réimprimé l’intégralité de l’édition deluxe de Happy ! de Naoki Urasawa, après avoir fait de même avec Family Compo en janvier. L’occasion de découvrir une autre série de cet auteur majeur était trop belle, je me suis donc lancé dedans avec les trois premiers tomes. Ceci me permet déjà de vous proposer un premier contact avec la série.

Pour resituer un peu la série, Happy ! est un seinen publié de 1993 à 1999, comptant 23 tomes dans son édition standard, mais disponible en France dans une édition Deluxe de 15 volumes. Et avant d’aborder le cœur du manga, un mot sur l’édition est indispensable tant celle-ci s’avère qualitative ! En effet, pour 10 € par volume, nous avons droit à un grand format, avec des pages couleurs (le seul petit écueil me concernant est que l’on voit un peu à travers des pages couleurs parfois), mais surtout une pagination des plus généreuses puisque chacun de ces trois premiers volumes dépasse les 300 pages. Ce qui fait qu’on a, pour seulement quelques euros de plus qu’un format poche classique, des volumes nettement plus copieux dans des éditions très flatteuses. Un premier argument en faveur de cette série. Mais ce n’est clairement pas le seul, car c’est quand on met réellement le nez dans l’histoire que l’on comprend à quel point cela valait le coup !

Depuis la mort de ses parents, Miyuki Umino élève seule ses frères et sœurs. Un beau jour, elle reçoit la visite de deux yakusas qui lui demandent le remboursement d’une dette de 250 millions de yens contracté par son frère aîné dont elle est sans nouvelles. Pour échapper à la prostitution, elle quitte le lycée et décide d’entamer une carrière de joueuse de tennis professionnelle. Douée dans cette discipline, elle a déjà remporté de nombreux prix cependant maintenant elle doit exceller et remporter les plus grands championnats afin de rembourser rapidement son créancier qui préfèrerait la voir sur un trottoir.

Comme l’indique le résumé, Happy ! nous raconte donc l’histoire de Miyuki Umino, contrainte de rembourser l’immense dette contractée par son frère auprès de yakuzas, et afin d’éviter la prostitution, se relance dans le tennis, une discipline qui la faisait vibrer mais qu’elle avait abandonné il y a quelques années (nous apprendrons pourquoi dans le troisième tome). Mais si vous connaissez un peu Urasawa, vous vous doutez bien que l’histoire ne sera pas si simple et ne se limitera pas à jouer au tennis pour devenir la meilleure, gagner de l’argent et rembourser la dette. Cet auteur aimant les structures narratives complexes, avec un réseau de personnage très dense, l’aspect tennis ne sera qu’un élément parmi bien d’autres, comme on peut l’imaginer à la lecture des trois premiers tomes. Mais cela n’empêche pas Miyuki d’être le centre du récit, et sans doute sa première qualité !

Un personnage principal magnifique

Car nous avons affaire là à un portrait d’une jeune fille particulièrement réussi. Car sa caractérisation va déjà largement au-delà du fait qu’elle soit un prodige du tennis. On découvre en effet une personne qui a à cœur de s’occuper de ses petits frères et sœurs depuis la mort de ses parents, et qui réussit à toujours être positive et à prendre sur elle, quand bien même les épreuves qu’elle doit traverser sont de taille. Et en plus de cela, malgré le sort qui s’acharne sur elle, elle garde foi en les autres, ce qui va déjà lui jouer de nombreux tours.

Car sa bienveillance est loin d’être partagée par tous, et beaucoup vont profiter de sa bonté et de sa naïveté. C’est un point qui pourrait lui être reproché, mais me concernant, je trouve que ça contribue à rendre le personnage encore plus attachant et touchant. On sent qu’il n’y a pas une once de méchanceté en elle, ce qui fait qu’elle n’est pas en mesure de réellement comprendre celle qui peut animer les autres. Car clairement, on a déjà l’occasion de voir ce qu’il y a de négatif chez l’être humain dans ces trois premiers tomes…

Mais avant de passer aux autres personnages, je ne peux pas résister à l’envie de partager quelques illustrations de Miyuki, tant je trouve son design réussi. Je sais que les dessins d’Urasawa sont parfois critiqués, et j’avoue ne vraiment pas comprendre pourquoi tant je trouve qu’il arrive à systématiquement insuffler énormément de style à ses personnages rien qu’avec les illustrations. Il maîtrise d’ailleurs tellement bien cela que les ambiguïtés morales de certains se retrouvent directement dans leur apparence selon moi.

Une galerie de personnages riches et complexes

En trois tomes seulement (certes, de plus de 300 pages chacun), Urasawa arrive déjà à développer une belle quantité de personnages, qui se révèlent attachant, détestables, touchants, pathétiques ou amusants selon les cas. Et c’est clairement une des grandes forces de cet auteur : il arrive à développer des récits complexes, mettant en scène beaucoup de personnages, sans jamais oublier de tous leur offrir des développements intéressants et cohérents. Et la diversité des caractères, les évolutions des personnages et leurs relations contribuent selon moi à faire qu’Urasawa est un magnifique décrypteur de la profondeur de l’âme humaine.

J’entends par là que dans chacune des œuvres que j’ai lu de cet auteur, j’ai toujours ressenti la complexité avec laquelle les gens agissent, mus par des pulsions et des émotions qu’ils ne contrôlent pas toujours. Il dote chacun de ses personnages d’une grande profondeur, loin de toute forme de cliché ou de facilité scénaristique. En résultent des œuvres globalement sombres, mais desquelles une forme de lumière peut émerger. Cela est particulièrement évident dans Pluto selon moi, mais c’est aussi le cas dans Monster et dans le premier tome d’Asadora (et pour les autres, je ne pourrai me prononcer que quand je les aurai lues). Et dans chacun de ces mangas (auxquels on peut ajouter Le Signe des Rêves), on y retrouve la figure récurrente de l’enfance, qui semble grandement contribuer à l’apparition de cette lumière (une des plus belles étant Astro dans Pluto). Dans le cas de Happy ! en particulier, les petits frères et sœurs de Miyuki assurent au récit un peu de légèreté bienvenue, avec leurs comportements toujours spontanés et amusants.

Happy

Mais tous les personnages ne sont pas aussi positifs que Miyuki et sa famille, ou en tout cas n’ont pas une bienveillance si évidente. Ainsi, on en rencontre qui sous un premier abord négatif se révèlent des personnes foncièrement bonnes, alors qu’au contraire, certains portent un masque de bienveillance pour cacher leur noirceur. Quand d’autres ne sont pas des couards incapables de se prendre en mains ou des ordures parfaitement assumées. De ce fait, en quelques tomes, de très beaux portraits sont brossés (on doit déjà avoir dépassé la dizaine de personnages importants dans l’intrigue), tout en nuances et subtilités, avec aucune forme de répétition dans l’écriture qui permet de mettre en exergue la complexité et la diversité des rapports et des comportements humains. Car les rapports entre les personnages sont gouvernés par le pouvoir, le sexe et l’argent pour certains, alors que d’autres agissent par pure bonté et altruisme…

Le sport, le sexe, le business et le pouvoir

Comme je l’ai précisé auparavant, l’intrigue est loin de se résumer à un manga sportif dans lequel on va suivre un personnage gravir les échelons du monde du tennis afin de devenir la meilleure. Le sport semble même être en partie un prétexte pour parler de la façon dont les puissants jouent avec la vie d’autrui, faisant fi du bon vouloir des personnages pour les exploiter au maximum. Et de ce point de vue les yakuzas et les personnes qui pèsent dans le monde du tennis semblent faits du même métal, allant même jusqu’à marcher main dans la main pour tirer profit de Miyuki.

Et comme l’argent n’est pas la seule arme dont disposent certains, le sexe semble aussi un élément central. Que ce soit avec la prostitution comme solution pour rembourser une dette dont elle n’est pas responsable, ou la façon dont un autre personnage utilise le sexe comme moyen de manipuler des personnes incapables de se raisonner, cet élément est déjà très mis en avant et risque d’être important à plus d’un titre.

Mais dans un cas comme dans l’autre, tout est ici jeu de pouvoir et de domination sur les individus, sans jamais se soucier de ce qu’ils peuvent devenir ou ressentir. En cela, on rejoint ce dont je parlais précédemment avec la noirceur de l’âme humaine, qui se trouve déjà parfaitement mise en avant ici. À voir si la bonté de notre héroïne et des personnages qui l’entourent permettra de contrebalancer cela. Car Miyuki semble avoir été jetée dans la fosse aux serpents sans être totalement armée pour y résister, ce qui rend d’autant plus précieux le soutien de quelques autres personnages qui l’aideront à se révéler dans l’effort.

Un manga sportif malgré tout

Car si Happy ! est un titre qui montre déjà une grande richesse en seulement trois tomes, il reste aussi un manga sportif. Et le tennis reprend rapidement ses droits, dès le second volume où le premier tournoi de la série commence. Et entre les coups de trafalgar et autres manipulations visant à destabiliser Miyuki, on peut quand même assister à du beau jeu. Il convient cependant de préciser que les matchs sont aussi l’occasion de développer les personnages et les enjeux du récit, et ils sont montrés parfois avec de nombreuses ellipses pour ne garder que les moments réellement significatifs.

Mais cela n’empêche pas de déjà ressentir de belles émotions devant ces affrontements, de par la nature des enjeux mis en avant et tout simplement parce qu’on souhaite voir Miyuki gagner. Sur ce point d’ailleurs, le troisième volume s’achève sur un cliffhanger, en plein durant un match très difficile…

Ainsi, j’ai tendance à penser que c’est avec les œuvres dont on attend beaucoup qu’on a le plus de chances d’être déçu. Mais dans le cas où elles s’avèrent encore meilleures que ce qu’on imaginait, les qualités surprenantes qu’elles dévoilent les rendent encore plus attachantes et importantes à nos yeux. Dans le cas de Happy !, les trois premiers tomes sont déjà allés au-delà de mes attentes grâce à la complexité des personnages dépeints (que ce soit dans l’écriture ou l’esthétique), et j’ai le sentiment qu’on est là face à une grande série d’Urasawa… À se demander s’il peut en être autrement avec cet auteur !

8 commentaires

  1. Je vais faire le même commentaire que sur un autre blog : demain, je vais à la librairie, et je vous déteste tous. Voilà.

    Plus sérieusement, je pense continuer ma découverte d’Urasawa qui est, je pense, l’auteur qui me tente le plus. J’hésite entre « Happy ! » (enfin, faut qu’il y soit à ma librairie…) qui ne me tentait pas plus que ça avant ta chronique, et « 20th century boys » (celui-là, si tout va bien, il y est).

    Aimé par 1 personne

    • Pour 20th, je ne peux pas donner d’avis pour le moment ni comparer, mais une mediatheque que je fréquente a l’intégrale donc ça se fera cette année me concernant !

      En tout cas je suis ravi de t’avoir donné envie, en espérant comme toujours que ça te plaise autant qu’à moi !

      Aimé par 1 personne

  2. […] Pas mal de lectures cette semaine, avec les 4 derniers tomes de Happy! et je me suis vraiment régalé avec cette série si on omet le personnage de Choko qui est je pense le premier personnage qui m’énerve à ce point dans un manga. Sinon ça reste du Urasawa donc un vrai plaisir. Si vous ne connaissez pas, vous pouvez jeter un coup d’oeil à l’article de l’Apprenti Otaku ici. […]

    Aimé par 1 personne

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