Dragon Ball : manga à fins multiples

Par ce titre, je souhaite aborder un sujet qui m’intéresse particulièrement dans le domaine de la fiction en général : les fins ! Car je ne sais pas pour vous, mais s’il y a un point qui me déçoit plus souvent qu’il ne me satisfait, c’est bien la façon de conclure les histoires. Je pense que cela est dû à une raison très simple : c’est, selon moi, super difficile de faire une fin de qualité ! Certes, l’appréciation des fins est propre à chacun, et peut-être que certains ou certaines d’entre vous se diront : « Qu’est-ce qu’il dit l’autre ? J’adore tout le temps les fins des histoires moi ! », et je ne vous donnerai pas forcément tort, mais me concernant, si j’y réfléchis, rares sont les fins qui m’ont plu, même dans le cas d’œuvres que j’aime plus que tout. À titre d’exemple, un de mes mangas préférés, Bakuman, a une fin que je juge absolument insignifiante par rapport à la série dans sa globalité. C’est à dire que sa fin n’est ni bonne, ni mauvaise selon moi, c’est juste la fin. Ainsi, je me suis longtemps posé la question de ce qui fait qu’une fin est réussie ou non à mes yeux, et je me la pose encore. Pour vous donner un ordre d’idée dans le domaine du cinéma, je trouve que la fin du Seigneur des Anneaux reste la plus réussie, tous médias confondus à mes yeux (j’insiste sur le fait que c’est un avis totalement personnel), et de l’autre côté, Le Retour du Jedi offre selon moi une fin calamiteuse.

Mais du coup, pourquoi parler de Dragon Ball en particulier, vous demandez-vous ? Et bien car ce manga propose en son sein plusieurs conclusions possibles, dans le sens où, on le sait, Toriyama a souhaité à plusieurs reprises mettre fin à son histoire, et de ce fait, un certain nombre de fins d’arcs sonnent comme une fin définitive pour l’histoire (à quelques détails près). Et c’est justement ce qui m’intéresse ici, de voir en quoi ces différentes « fins potentielles » sont réussies ou non, et en quoi elles peuvent, quoi qu’il en soit, apporter une conclusion cohérente à un récit global.

Bien entendu, la question de Dragon Ball Super est totalement éjectée, pas seulement car je fais partie des très nombreux fans qui ne portent pas cette suite dans leur cœur, mais aussi parce qu’au final, il y a eu tellement de temps entre la série d’origine et cette suite qu’on peut vraiment la mettre de côté par rapport à la question du terme de l’histoire. D’ailleurs je prends personnellement DBS comme une sorte de What if ou de fanfic que comme une réelle continuité de l’oeuvre d’origine. Ceci étant dit, attaquons avec ce qui me semble être la première fin potentielle de Dragon Ball : la victoire de Sangoku sur Piccolo.

Sangoku VS Piccolo : La victoire du bien contre le mal

S’il y a une chose qui a du sens dans les paroles du générique français de Dragon Ball chanté par Ariane, c’est bien la notion de « combat glacial du bien contre le mal » (même si le « glacial » n’apporte rien). Et c’est là le point qui fait que la victoire de Sangoku sur Piccolo apparaît comme une fin possible à l’histoire. Toriyama nous précise plusieurs fois dans le manga que son héros est un modèle de pureté (que ce soit avec le nuage magique où le fait que chez Mamie Voyante il n’explose pas car il n’a aucun vice en lui…), en totale opposition avec Piccolo qui est le mal incarné. De ce fait, sa victoire face à son adversaire représente une fin à la symbolique toute simple, mais néanmoins tout à fait acceptable : le bien a vaincu le mal, tout le monde est content sauf ceux qui sont morts. FIN.

La question que je me pose, c’est si Toriyama souhaitait finir lorsque Sangoku enfant pulvérise Piccolo et le tue pour de bon, ou avec le combat entre Sangoku adulte contre Piccolo au championnat du monde d’arts martiaux. La première fin a l’avantage d’être sans ambiguïté (le mal est mort un point c’est tout) et donner une tonalité plus tragique, puisque le maître et le meilleur ami du héros sont morts pour de bon (si on admet qu’il n’y aurait pas d’ouverture vers un nouvel enjeu avec la révélation de Dieu, évidemment). Mais la seconde me semble plus pertinente car elle permet de clôturer plusieurs choses : la relation avec Chichi, laissée en suspens, mais surtout, le fait que Sangoku perde toujours de justesse durant les championnats. Ici, non seulement il vainc Piccolo, mais en plus il devient enfin le champion incontesté. Certes, l’antagoniste ne meurt pas, mais l’idée que le mal reste présent mais que le bien lui sera toujours supérieur est aussi très intéressant sur le plan symbolique. De ce fait, cette fin me semble plutôt bonne, même si je dois avouer qu’elle aurait été sans doute la moins forte à mes yeux, car la plus simpliste.

Sangoku devient le Super Saiyen : le guerrier le plus fort de l’univers

Deuxième fin possible avec la conclusion de l’arc de Namek, qui voit Sangoku devenir le fameux Super Saiyen dont Freezer a toujours eu peur. Cette fin d’arc pourrait parfaitement clôturer l’intégralité du récit par la force symbolique de cet événement. En effet, très souvent, les shonen nekketsu se focalisent sur leur héros, quand bien même l’histoire est beaucoup plus large. C’est le cas par exemple de Naruto, qui jusque dans son titre nous fait comprendre que c’est l’histoire de Naruto que l’on nous raconte, et que tout doit commencer et s’achever symboliquement avec lui. Car au-delà de toutes les péripéties et les nombreux enjeux du récit, on pourrait résumer à : c’est l’histoire de Naruto qui veut devenir Hokage, entre temps il sauve le monde avec ses amis, et à la fin il devient Hokage. C’est ultra simplifié, mais c’est selon moi l’enjeu numéro 1 du récit.

De la même façon, Dragon Ball reste centré sur Sangoku, quand bien même celui-ci meurt à intervalles réguliers. De ce fait, lorsque l’on entend parler de la légende du Super Saiyen, on se doute bien que s’il existe, il ne peut s’agir que de Sangoku. Et, comme vous le savez surement toutes et tous, c’est la mort de Krilin, une fois de plus, qui fait de notre héros ce fameux guerrier de légende (on en revient au classique pouvoir de l’amitié, mais représenté d’une façon assez originale). Cet événement est fondamental puisqu’à ce stade, Freezer est sensé être le plus grand danger de l’univers, et le fait que Sangoku devienne ce guerrier de légende permet de se débarrasser de cette menace. De plus, cela vient encore une fois apporter une conclusion au parcours de Sangoku, considéré comme d’une grande faiblesse chez son peuple d’origine, et qui se révèle finalement le guerrier le plus puissant de l’univers. Au-delà du fait que plus aucune menace ne puisse lui résister (à ce stade du récit et si l’on terminait l’histoire ici, évidemment), prendre cet événement comme fin du récit est très intéressant au niveau symbolique puisque cela revient à dire que le faible est capable de devenir le fort, notamment grâce au soutien sans faille des amis qu’il s’est fait en chemin (puisque les rares autres Saiyens qu’on a vu n’ont pas l’air d’être des potes sur lesquels on peut compter…).

La mort de Sangoku et le passage de flambeau à Sangohan

Je vais être clair, on va aborder ici ce qui est selon moi la meilleure fin possible de Dragon Ball. L’arc de Cell se conclut sur la mort de Sangoku, mais surtout la victoire de son fils sur leur adversaire, grâce à l’aide symbolique de son père. Cela a donné lieu à la séquence d’anthologie du Kamehameha Père/Fils, qui est selon moi un des moments les plus intenses émotionnellement de tout le manga (le plus puissant restera pour moi la mort de Piccolo). Et donc, pourquoi cette fin est-elle si réussie selon moi ?

Déjà, il y a la montée en puissance de Sangohan, qui parvient à dépasser son père, pourtant le héros de notre histoire. Cet élément est très important selon moi car il transmet une idée très émouvante, qui est que l’accomplissement ultime de Sangoku n’est finalement pas d’être le meilleur, mais d’avoir contribué à rendre son fils encore meilleur que lui. C’est à mes yeux un très beau message concernant la paternité (si l’on met de côté que le daron envoie quand même son fils au casse pipe en insistant pour que son adversaire soit au top de sa forme, pas très cool le papa sur ce coup…).

L’autre idée très forte qu’a eu Toriyama vient du fait de faire mourir son héros, mais de le rendre présent symboliquement avec le Kamehameha Père/Fils. Par cette technique, il nous permet de comprendre que l’importance de Sangoku dépasse le cadre de sa présence physique, et que son souvenir et sa trace perdurera, d’autant plus que le reste de la Terre est entre de bonnes mains. Cela permet de mettre en avant l’importance du lien entre ce père et son fils, mais aussi nous faire comprendre qu’il est important de transmettre tout ce que l’on peut tant qu’on est là, afin que ceux qui nous suivent puissent continuer leur chemin le mieux armés possible. Et à cela s’ajoute l’idée que l’on a la responsabilité de toute forme de vie, et qu’on doit la transmettre aux autres. Cette idée est très implicite, jusqu’au moment où C16 explique à Sangohan qu’il n’y a pas de mal à se battre pour protéger les autres, et son fameux « protège la nature et les animaux que j’aime tant ».

En cela, cette fin conclut à la fois le récit de Sangoku de façon émouvante, montrant que sa mort n’est pas une fin en soi, et y ajoute plusieurs niveaux symboliques qui viennent l’enrichir et la rendre encore plus touchante. C’est pour toutes ces raison qu’elle est, à mes yeux, la meilleure « fin potentielle » de la série. Même si la véritable fin est celle que je vais évoquer maintenant.

Le Genkidama contre Boo : Tout le monde a un rôle a jouer pour vaincre le mal

Si la fin définitive de Dragon Ball n’est pas ma préférée, je dois quand même avouer qu’elle est très réussie et très intéressante sur le plan symbolique. Elle se résume finalement à une idée très simple : chacun a son rôle à jouer dans le combat contre le mal, et c’est toutes les forces réunies qui permettront de vaincre. Cette idée est mise en avant avec le Genkidama de Sangoku, technique qui prend l’énergie de toute forme de vie pour augmenter sa puissance.

Ici, grâce à l’aide de Vegeta et Hercule, les terriens font don de leur énergie à Sangoku afin que son attaque ait la puissance nécessaire pour vaincre Boo. Ainsi, notre héros, qui finit par ne plus avoir les ressources pour vaincre seul son adversaire, obtient quand même la victoire. Comme je l’ai dit, l’idée est simple mais finalement très belle : la force du collectif prime sur celle de l’individu, et nous avons tous notre importance dans ce monde, et chaque petit geste peut faire la différence. Le mal peut être vaincu car tout le monde y a mis de sa personne. 


C’est ainsi que s’achève Dragon Ball, sur une fin cependant ouverte qui a permit à Dragon Ball GT de voir le jour. Mais tout comme Dragon Ball Super, cette suite s’éloigne tellement de l’esprit de la série d’origine que la fin du 42e tome me semble être la fin définitive de l’histoire. Mais il n’empêche, comme j’ai essayé de le démontrer ici, que le manga a eu plusieurs occasions de s’achever, et nous a, de ce fait, proposé des fins possibles très intéressantes. Comme je l’ai dit, celle de l’arc de Cell est clairement ma préférée pour sa force émotionnelle et symbolique.

J’espère que cet article vous a plu, n’hésitez pas à me dire parmi ces fins possibles laquelle vous a le plus plu. Et plus globalement, est-ce qu’il y a des fins de mangas qui vous ont marqué ? En bien comme en mal.

27 commentaires

    • Effectivement, on est d’accord sur le fait que la fin du manga est celle du dernier arc, mais je voulais mettre l’accent sur le fait que plusieurs arcs avaient une fin qui sonnait comme une fin définitive de l’oeuvre (ce que j’ai essayé de démontrer), et que parmi celles-ci, il y en avait peut-être même des plus pertinentes que la fin véritable.
      C’est en tout cas mon point de vue, je trouve que la fin de l’arc Cell fait une meilleur fin que celle qui clôture véritablement le manga.

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  1. Très très bien vu 🙂

    J’aurai été frustré quand même si l’histoire s’était arrêtée avec la mort de Piccolo Daimao, j’avoue. Mais après Freezer, le contrat est rempli à mes yeux. On a l’origine de tout, et Goku est « mort sans l’être » dans l’explosion de Namek.

    Si Cell est un ajout, il cloture quand même bien l’histoire du Ruban Rouge, lui donne ses lettres de noblesse avec les cyborgs et permet un combat final contre un être parfait, qui est la somme de tous les pouvoirs.
    Puis clairement, le Gohan qui fini Cell est une apothéose.

    Je précise quand même que le 42ème tome se termine pas par la mort de Buu mais par la passation à Uub (Goku qui part avec lui pour l’entraîner, délaissant encore sa famille). Donc on a encore ce message similaire à la fin de Cell : Goku passe le flambeau à la génération suivante. Mais plus à Gohan qui préfère être père de famille responsable.
    Uub est selon tes raisonnements, le mal devenir bien.

    Mais clairement, l’arc de Buu est un surplus dont on aurait pu se passer et qui sent le rajout imprévu, mais que j’aime quand même bien.

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  2. Je suis comme toi, je préfère de très loin la fin de l’arc Cell car c’est la fin de l’histoire de Goku. On l’a suivi toute sa vie, de son enfance à ce sacrifice ultime (on a aucun doute possible sur sa mort) et on a le passage de relais à Gohan qui est magnifique.

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  3. J’aime beaucoup ton article que je trouve super intéressant ! C’est vrai que la fin n’est pas quelque chose de facile à mettre en place de manière satisfaisante et dans dragon ball encore plus. J’apprécie beaucoup les analyses que tu as faites je n’avais jamais vu ça sous cet angle 🤔

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  4. Très bon billet et sujet très intéressant. Oui la fin est le plus compliqué. Sur DB j’ai moi aussi un goût pour l’arc de celle mais aussi freezer. Boo est moins réussi comme méchant mais cet arc permet beaucoup d’inventions qui ouvriront une partie de ce qu’est DB aussi: les potala, les dieux etc. Je n’ai repris que sur DB super avec l’argument que c’était une histoire originale. Partiellement vrai mais je retrouve tout l’esprit B avec des personnages à foison, un humour débile… manque peut être l’épique des combats désespérés mis à mal par la montée sans fin des puissances. Mais j’adore cet univers et pourrais le consommer éternellement. Bd super m’a permis aussi de faire découvrir à mes enfants et ça c’est top comme partage!

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  5. Très bon article !
    Je partage totalement ton point de vue. Je suis aussi une grande fan de la fin avec Sangohan qui prend la relève, pour moi le titre aurait dû s’arrêter là.
    Après, j’ai aussi un petit faible pour la fin du combat contre Satan où Sangoku le transperce, ça faisait basculer la série vers autre chose avec un héros moins pur puisqu’il tue quelqu’un.
    Pour les suites, je n’en parlerai pas, j’ai eu beau tenter, ça ne l’a jamais fait U.U

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  6. Je n’ai pas vu les Dragon Ball… Mais globalement pour DBZ, j’aime carrément quand c’est Gohan qui termine le méchant… 🙄 Après, je ne me suis pas posée la question d’un éventuel message à faire passer. 😂 Du coup, j’aime bien ton article. Et si je devais me lancer dans la lecture/le visionage, je garderai ça dans un coin de mon esprit.
    Et même si ça n’a rien à voir avec les fins, je suis complètement fan du concept de fusion dans DBZ. C’est marrant, parfois ridicule mais j’aime. J’ai malheureusement perdu le fil/l’envie depuis que j’ai englouti les épisodes de DBZ/DBGT il y a treize ans. Faut que je rattrape ça.

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    • Oui, dans le dernier arc, Toriyama se fait vraiment plaisir, que ce soit avec les fusions et les transformations de Boo, c’est sûrement pour moi la grosse qualité de ce dernier arc, qui même s’il est un peu faible par rapport à la globalité du manga, reste très bon.

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  7. Super intéressant, ton article ! Je n’aurais jamais pensé à une fin potentielle avec le combat contre Piccolo, ça m’a permis de voir les choses autrement. Effectivement, l’arc contre Freezer aurai pu être une fin… même si j’avoue préféré celle contre Cell, j’avoue que la transmission à Sangohan m’a arraché une petite larme 😀

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    • Pour le moment, absolument tout le monde m’a dit préférer la fin de l’arc de Cell, ce qui est également mon cas comme je l’ai écrit.

      Et effectivement, j’avais lu ça, que Toriyama souhaitait au départ terminer son histoire avec la victoire contre Piccolo. Et comme je suis un peu obsédé par les fins dans les histoires (comme je l’ai expliqué, en partie parce que c’est rare qu’elles me plaisent), j’ai eu envie de faire une sorte de réflexion sur le sujet par le biais de Dragon Ball.

      Dans un autre genre, je suis convaincu que la fin de la saison 6 de Desperate Housewives était une fin définitive au départ, avec le déménagement de Susan. Mais c’est une autre histoire.

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