Ma Mangathèque Idéale #3 : A Silent Voice de Yoshitoki Oima

Silent Voice

A Silent Voice est le premier manga de l’autrice Yoshitoki Oima, prépuplié dans le Shonen Magazine à partir de 2013 et édité en France par Ki-oon, en 7 tomes. Ce shonen a remporté un beau succès et me semble souvent cité dans les séries courtes récentes à lire absolument. Je l’avais personnellement lu il y a environ deux ans, et ce manga m’avait effectivement marqué ! J’ai donc décidé de le relire entièrement afin de vous proposer cet article pour vous expliquer en quoi A Silent Voice est effectivement à mes yeux un chef d’œuvre à lire à tout prix !

Je précise d’ailleurs que je vais spoiler au minimum, afin de conserver un maximum de surprise. Le manga étant d’ailleurs une lecture que l’on peut recommander à un public très large. Je pense qu’il peut être lu assez jeune (vers 10 ans), mais sans limite d’âge maximum. J’ai 32 ans et je le trouve bouleversant, et je pense qu’on peut ressentir de fortes émotions même en étant plus « vieux » que moi. Le propre des grandes œuvres étant, selon moi, qu’elles peuvent nous parler et nous toucher de façon différente à tout âge.

A Silent Voice nous raconte l’histoire de Shoya Ishida, jeune homme tourmenté par le comportement qu’il a eu quelques années auparavant, en particulier vis-à-vis de Shoko Nishimiya, une camarade de classe sourde qu’il a prit en grippe, la harcelant jusqu’à la contraindre de changer d’établissement. Shoya ayant grandi dans la culpabilité et la détestation de lui-même, il cherche désormais à se faire pardonner et reprend contact avec Shoko afin de s’excuser et de devenir son ami.

Un premier tome qui dépeint brillamment l’effet d’entrainement dans la maltraitance

Si toute la série est brillante, sans baisse de régime selon moi, il faut souligner à quel point le premier tome est un modèle d’écriture. Ce premier volume se focalise essentiellement sur la partie de l’histoire se déroulant à l’école primaire, lorsque Shoya et Shoko se rencontrent pour la première fois, et comment le comportement du jeune garçon va contribuer à créer une escalade dans la maltraitance envers sa camarade.

Car si Shoya est le premier à se moquer de Shoko, il est vite rejoint par d’autres élèves sous le regard complice de leur professeur. La mangaka nous montre avec subtilité et intelligence en quoi le comportement de l’enseignant valide implicitement le comportement des enfants, notamment lorsque celui-ci rit à une blague que font les élèves. Ainsi, il y a tout un contexte qui fait que les élèves s’entraînent les uns les autres, et finalement, Shoya devient celui qui prendra sur lui l’entière responsabilité lorsque les choses dégénéreront… Au point de devenir victime à son tour.

Encore une fois, cette façon de transformer l’enfant en victime à son tour contribue  à renforcer un travail très pertinent sur l’effet d’entrainement. Il devient donc la tête de turc de ses camarades, se fait frapper et voler ses affaires, et subit des brimades similaires à celles que Shoko a vécu auparavant. Ceci ayant pour effet de détruire toute l’estime de lui-même que pouvait avoir le garçon, et tout le reste du manga traitera les conséquences de ceci, et comment celui-ci essaie de réparer ses erreurs, tout en essayant de devenir une meilleure personne qui sera capable de s’aimer enfin.

Un travail pertinent sur le point de vue de Shoya

Shoya étant le personnage principal du récit, et le centre du réseau relationnel qui va se créer, nous partagerons son point de vue du début à la fin (à l’exception de quelques chapitres qui se focaliseront sur un personnage secondaire à chaque fois vers la fin de la série). La mangaka a particulièrement travaillé cet aspect, qui est fondamental à la réussite du récit. En effet, un des enjeux principaux est de nous faire comprendre la culpabilité que ressent Shoya et les raisons pour lesquelles il se déteste, mais également, comment il va réussir à aller de l’avant et surmonter cela afin de s’accepter, devenir meilleur et prendre sa vie en mains.

Car si le personnage « fort » de l’histoire semble de prime abord Shoko, du fait de son handicap, cette question, bien qu’elle soit traitée, reste finalement secondaire par rapport à la thématique de la phobie sociale et de la détestation de soi, l’autrice liant les deux. Car Shoya n’assumes pas ses actes passés et finit par se détester, et est convaincu que les autres le détestent également, comme si tout le monde était au courant de ce qu’il avait fait. Ainsi, le cœur de l’histoire, au-delà de sa relation avec Shoko, est surtout comment il va arriver à passer au-delà de tout ça, et s’accepter tel qu’il est et devenir quelqu’un de bien. C’est par ailleurs l’élément central de l’adaptation cinématographique, d’excellente qualité, mais qui laisse de côté de nombreux éléments de l’histoire, en particulier en lien avec les personnages secondaires.

Un manga sur la différence et sur la vie en société

Car si Shoko est le second personnage le plus important de la série après Shoya, le handicap n’est finalement pas le réel thème central selon moi. Il s’agit surtout d’un élément qui permet de mettre en avant deux notions qui se rejoignent ici : la différence et la vie en société. La différence de Shoko, du fait de sa surdité, et la vie en société, qui devient pour elle plus compliquée du fait de la barrière de la communication. Ce sont ces éléments qui contribuent à la mettre à l’écart et à la faire se détester. C’est du moins comme cela que je l’interprète car la mangaka n’explicite pas totalement les choses à ce sujet, et comme on partage le point de vue de Shoya qui n’arrive pas toujours à la comprendre, on ne peut pas non plus être véritablement certains de tout cela.

Ainsi, j’évoquais précédemment le fait qu’un réseau de personnages se développe autour de Shoya, mais c’est également vrai autour de Shoko. On pourrait même dire que le récit est en grande partie guidé par l’évolution des rapports entre ces deux personnages et les autres membres du réseau, dans le sens où leur relation met en exergue certains comportements. C’est d’ailleurs la principale différence entre le manga et son adaptation cinématographique. Le film ne durant que deux heures, nous n’avons pas le temps de développer autant les personnages secondaire, et on se focalise sur Shoya et Shoko. Alors que dans le manga Oima donne de la voix à tous les personnages secondaires et leur développement, aussi bien individuel qu’en tant que groupe, et plus poussé.

Cela se traduit en particulier par la réalisation d’un court métrage, qui est un projet qui ne peut se réaliser que collectivement. Ainsi, le travail de tous nos personnages sur ce film permet à chacun de prendre conscience de ce qu’il apporte aux autres, de sa responsabilité individuelle, et permet finalement de montrer que nous avons tous notre place et un rôle à jouer. De la même façon, chaque personnage, y compris les moins sympathiques, apporte quelque chose à Shoya et Shoko et les aide à se dévoiler et à passer outre leurs problèmes relationnels afin de trouver leur place.

En cela, je pense que le message du manga est que, bien que l’on ait tous une individualité qui nous est propre, des qualités et des défauts, ou des éléments spécifiques qui nous caractérisent, nous vivons tous en société et nous ne pouvons pas avancer sans aller vers les autres. On comprend bien à la lecture du manga que ce n’est pas forcément facile, car nous portons tous en nous des blessures et un vécu qui peut être un poids parfois trop lourd, comme c’est le cas pour Shoya et Shoko. Mais en définitive, les deux arrivent à aller de l’avant et finissent par s’accepter tels qu’ils sont, en n’oubliant pas de tendre la main aux autres. Car finalement, que l’on soit la personne qui tende la main ou celle qui la reçoit, dans tous les cas il y a deux personnes qui se soutiennent l’une l’autre, et c’est ce que semblent nous dire Shoya et Shoko.

20 commentaires

  1. Très bon article ! J’ai lu ce manga il y a quelques années (mais il faudrait que je l’achète pour le relire) et j’avais vraiment beaucoup aimé. Dans mes souvenirs flous, je me souviens qu’il y avait une certaine justesse dans le traitement des sujets, ce que tu sembles confirmer !

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  2. J’ai commencé à lire ce manga grâce à ma bibliothèque de quartier. Comme ils n’avaient pas tous les titres, je me suis arrêtée au 3e titre. Mais ma fille qui est boulimique de manga m’a dit qu’ils avaient tous les titres à présent. Je vais donc aller les relire prochainement.
    Sensible à la surdité (j’ai une maladie qui me fait doucement mais sûrement perdre mon audition) et harcelée à l’école à cause d’une autre différence, les 2 premiers volumes m’ont bouleversée ! J’ai trouvé les dessins justes et pleins d’émotions.
    Je vais m’y remettre donc, après le tome 5 de « Félin pour l’autre » 😁
    Merci pour cet avis très intéressant et « complet ».

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  3. Le manga a quelque chose et la thématique est intéressante, mais je ne suis pas aussi enthousiaste que la moyenne
    J’ai écris sur le dernier tome/bilan et le film. Mais ça vaut quand même le coup de le lire. Cela fait déjà un bon moment comme tu verras (ou pas) ^^’
    Je n’ai pas été convaincue par le récit, la manière de l’aborder etc et le dessin quelle catastrophe ! Ce qui ne m’a pas empêché d’être touchée par certains éléments et de conseiller de lire/voir une fois.

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  4. bonjour, comment vas tu? merci pour ce bel article. j’ai récemment vu l’adaptation ciné et j’ai adoré. je n’ai pas eu le temps de lire le manga original et ton article me donne encore plus envie de m’y plonger. il fait partie de ma wishlist mais j’essaye de me recentrer en ce moment car je suis très éparpillée dans mes séries. passe un bon dimanche et à bientôt!

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    • Oui, je comprends. J’ai aussi ce problème de trop de séries à la fois. Mais au moins celle-ci ne fait que 7 tomes, donc ça reste jouable.
      J’espère que tu pourras le lire prochainement, car je trouve lenmanga encore meilleur que le film, qui a moins le temps de rentrer dans les détails.
      Excellent dimanche à toi aussi !

      Aimé par 1 personne

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