Premier contact avec… Family Compo de Tsukasa Hojo

F.Compo

S’il y a bien une sortie manga que j’attendais en ce début d’année, c’était celle de la réédition de Family Compo de Tsukasa Hojo chez Panini. Je me suis donc logiquement lancé sur les trois premiers volumes, sachant que cette édition Deluxe en comporte en tout 12, tous sortis en même temps ce 22 janvier. Après lecture de ces premiers tomes, voyons donc ce qu’il en est me concernant, après avoir resitué l’oeuvre.

Family Compo (ou F.Compo) est un seinen publié de 1996 à 2000 abordant la question de l’identité de genre à travers le portrait d’une famille atypique. Le manga est une comédie, un genre qu’affectionne particulièrement l’auteur, et nous raconte l’histoire de Masahiko, contraint d’aller vivre chez son oncle et sa tante qu’il n’a jamais rencontré, suite au décès de ses parents.

Après sa maman qui est décédée alors qu’il n’avait que six ans, Masahiko perd son père dans un accident. Le jeune étudiant se retrouve alors seul et sans ressources. Sa tante Yukari lui propose de venir emménager avec elle, son mari et sa fille. D’abord réticent (il ne l’avait encore jamais rencontrée), il finit par accepter sa proposition. Il ne tarde pas à découvrir qu’il ne vit absolument pas dans une famille traditionnelle, bien loin de là ! Sa tante est en fait un homme et son oncle est une femme ! Et sa cousine serait-elle en réalité un cousin ?

Si j’ai précisé en introduction que le manga est une comédie, il est loin de se résumer à cela. En effet, si un tel postulat permet très facilement d’exploiter un humour de situation qui fait mouche, Hojo souhaite également travailler avec sérieux et émotions les différentes thématiques de son récit. De ce fait, que ce soit par rapport à la cellule familiale ou au regard porté sur la question du genre, le mangaka n’oublie jamais de nous investir émotionnellement et intellectuellement dans son récit.

Cela passe par une structure narrative assez libre, dans laquelle les chapitres sont l’occasion de petites scènes de vie quotidienne qui se proposent d’être tour à tour amusantes ou touchantes, mais en n’oubliant jamais de développer ses personnages et leurs relations, qui sont au cœur de l’évolution du récit. En se centrant sur cette famille atypique, Hojo développe un réseau de personnages plus large, allant de Yoko, la potentielle petite amie de Masahiko, aux collègues de Sora (l’oncle). L’intérêt de cette galerie étant de renouveler les situations et de densifier le récit.

Mais la famille Wakanae et la façon dont Masahiko trouve sa place au sein de celle-ci reste le cœur de l’histoire. Que ce soit dans ses relations avec Shion, la fille de la famille ou avec son oncle et sa tante, l’évolution du regard du héros sur cette situation particulière permet de mettre en scène des moments aussi bien comiques qu’émouvants. Ainsi, on comprend très rapidement que Masahiko a grandi dans une situation de manque affectif vis-à-vis de son père plutôt absent, et le fait de se retrouver au sein d’une famille aimante lui apporte beaucoup, et permet de fréquents moments d’émotions. Et si très vite le côté atypique de la famille lui pose question, cela finit rapidement par passer au second plan compte tenu de l’amour et du caractère finalement très naturel et bienveillant des relations qui les unissent tous. Sur ce point, j’apprécie tout particulièrement la façon dont Hojo traite ses deux thématiques principales, qui semblent d’ailleurs émailler toute son oeuvre, qui sont la famille et les rapports hommes/femmes. 

Et puisqu’on aborde la thématique, il faut bien mettre les pieds dans le plat à un moment, puisque la question de la transidentité, surtout traitée sur le registre de la comédie, peut facilement déraper vers quelque chose de moqueur ou d’irrespectueux. Et je dois dire qu’avec ces trois premiers tomes, à aucun moment je n’ai vu de fausse note. La seule que je soulignerai concerne une autre question, qui est celle des femmes battues par leurs maris, où je mettrai un gros carton jaune au traitement simpliste de la question, et même assez gênant. Mais concernant la thématique de la transidentité, à aucun moment je n’ai trouvé qu’Hojo tombait dans les clichés ou la facilité, et au contraire, certains passages sonnent vraiment authentiques. En tout cas dans l’idée que je peux me faire de ce genre de questionnement, n’y ayant jamais été confronté, et ne connaissant personne dans cette situation. Ainsi, alors que le récit date d’il y a une vingtaine d’années, je le trouve particulièrement en phase avec des considérations actuelles, ce qui est je pense le signe d’un travail de qualité. D’autant plus qu’au fil du récit, de nombreuses questions tournant autour de ces thématiques sont évoquées, et toujours traitées avec intelligence.

Et si l’écriture et le travail sur ces différentes thématiques apportent leur lot de réflexion et d’émotion, l’esthétique du titre contribue également beaucoup à l’ambiance touchante et amusante du récit. Si vous avez déjà eu une oeuvre de Tsukasa Hojo entre les mains, je pense que vous savez à quel point ce mangaka a de l’or au bout des doigts, et on a encore une fois droit à un travail magnifique. D’autant plus qu’il peut s’en donner à cœur joie dans le travail sur les personnages féminins, qu’il dessine toujours avec une beauté et une élégance folle. Que ce soit Shion, Yukari ou encore Yoko, elles sont toutes dessinées et mises en scène avec un grand soucis du détail. Et ce travail esthétique ne s’arrête pas qu’aux personnages féminins, puisque les autres ont aussi droit à un traitement exemplaire, notamment Sora, le père de famille, dont le look est magnifique. Cela contribue grandement à nous faire entrer de plein pied au sein du foyer, et à ressentir la force des liens qui les unissent.

Et avant de finir, un dernier mot sur l’édition me semble indispensable pour deux raisons. Tout d’abord car il s’agit d’un manga édité par Panini, qui a souvent été critiqué sur ce point, et aussi car il s’agit d’une édition Deluxe à 10€ par tome. Et je dois dire que je suis parfaitement satisfait par le travail fourni, qui vaut clairement son prix selon moi. Nous avons droit au même format que les éditions de City Hunter, donc un peu plus grand que le format poche classique, avec un papier épais et un bon encrage. Le seul regret que j’ai est que sur ces premiers tomes, cela manque de pages couleurs, mais c’est vraiment de l’ordre du détail, tant ces éditions sont bien travaillées et s’insèrent harmonieusement dans une mangathèque !

Ainsi, cette série dont j’attendais énormément le retour en librairie a déjà montré un très fort potentiel avec ses trois premiers tomes. De ce fait, j’ai déjà commandé les quatre suivants afin de continuer ce petit bout de chemin avec ces personnages si attachants. Je vous proposerai un retour sur la série complète une fois que je l’aurai terminée. Mais si comme moi vous ne l’aviez pas encore lu, je pense que vous serez bien avisé de profiter de cette réédition pour vous y mettre !

 

 

10 commentaires

    • Oui, je pense que je le ferai toujours, car c’est dommage de parler d’un homme debut de série et de ne pas évoquer la suite, car on peut-être subjugué ou au contraire être déçu au fur et à mesure.
      Pour Family Compo, je pense finir la série en février et en parler dans la foulée.

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  1. C’est une série étonnante et profondément humaine. Moi j’ai retrouvé dans cette histoire ma façon de penser c’est à dire que tout est lié à l’éducation, à l’image que l’on se fait du sexe apposé sur chacun. En gros : qu’est-ce que ça veut dire « être une femme » ou « un homme » ? J’adore le questionnement de Masahiko sur Shion 🙂 : homme ou femme ?

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  2. Je suis ravie que tu aies autant apprécié les débuts de la série !
    J’en garde un très bon souvenir et tu me donnes bien envie de la relire. Je vais voir si je peux la caser cette année. Je ne me souviens pas de l’histoire de la femme battue par exemple, c’est dire si ma lecture date alors ce serait l’occasion ^-^
    Merci pour ce bel article où tu partages très bien ton enthousiasme 😀

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    • Pour le coup de la femme battue, c’est vraiment traité comme un détail assez rapide, surtout pour mettre en avant le fait que le couple des Wakanae fonctionne très bien.
      Mais dans tous les cas je suis tres content si ça t’arrive donné envie de le relire !

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  3. Content d’apprendre que cette réédition est correcte, celle de Tonkam (il y a longtemps) vieillit très mal. Family Compo est certainement mon titre préféré de Tsukasa Hojo, et c’est cool que Panini se décide enfin à les ressortir. 🙂

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