Jojo’s Bizarre Adventure Saison 1 – Phantom Blood

Phantom Blood

Baroque, nom masculin : Style artistique qui touche tous les domaines et se caractérise par l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance des formes, la grandeur parfois pompeuse et le contraste.
Baroque, adjectif : Bizarre, original.

Le terme de « baroque » est clairement celui qui m’est venu le premier à l’esprit lorsque j’ai débuté ma lecture de Jojo’s Bizarre Adventure, et le fait de voir le mot « bizarre » accolé à la définition de « baroque » en tant qu’adjectif n’est à ce titre pas anodin. Partons donc ensemble en voyage dans l’univers imaginé par Hirohiko Araki, un univers à la palette d’influences très large qui donne à cette série un aspect totalement unique, et voyons ensemble en quoi elle peut être qualifiée de « baroque » !

Tout d’abord, resituons un peu cette série si particulière. Jojo’s Bizarre Adventure est un shonen de Horihiko Araki, prépublié depuis 1986 d’abord dans le Weekly Shonen Jump et désormais dans l’Ultra Jump. Cette saga au long cours en est à plus de 100 tomes parus, et est divisée en saisons qui ont la particularité de raconter une histoire indépendante à chaque fois, bien qu’appartenant au même univers et toujours centré sur la famille Joestar. Ainsi, la première saison qui nous intéresse ici, est titrée Phantom Blood, et se focalise sur la rivalité et l’affrontement entre Jonathan Joestar et Dio Brando. Cette première saison est en cinq tomes et met déjà en place l’univers et surtout le style si particulier de la série. Je vais donc essayer de vous expliquer au mieux en quoi ce premier arc m’a totalement retourné et est à mes yeux un chef d’oeuvre du manga (et parait-il que les suivants sont encore meilleurs).

À la fin du XIXe siècle, en Angleterre, lord Joestar voit arriver dans sa maison le jeune Dio Brando, le fils d’un homme qui lui a sauvé la vie. Reconnaissant, il décide de l’adopter mais le jeune homme s’avère particulièrement ambitieux et prêt à tout pour s’emparer de la fortune familiale. Dio semble même prêt à prendre la place du fils de lord Joestar…

Dio Brando, un antagoniste marquant

Dans le mot d’auteur du premier tome, Araki explique que son manga porte un regard sur deux façons de vivre à travers les deux personnages principaux de nature opposée. Et c’est une excellente façon de résumer une des grosses qualités de l’histoire selon moi. En effet, pour tout ce que Jonathan est de vertu, de bonté, de générosité et de pureté, Dio en est le parfait contraire. Le premier tome introduit avec beaucoup d’intelligence l’intrigue et l’univers, montrant d’abord le père de Dio, vieil ivrogne sans scrupule, qui avant de mourir envoie son fils chez la famille Joestar. Le fruit ne tombant jamais très loin de l’arbre, le jeune Brando est aussi une pourriture de la pire espèce, comme on va vite le constater.

Je ne veux pas trop vous spoiler, je me bornerai donc aux exactions du bonhomme commises dans le premier tome seulement, et c’est largement suffisant pour se faire une bonne idée de l’enflure que c’est. À peine accueilli chez la famille Joestar, il décide de pousser Jonathan (dit Jojo) à bout. Il commence tranquillement en savatant le chien Danny à peine arrivé, pour continuer en pétant la gueule de Jojo et en faisant courir des ragots à son sujet afin que tout son entourage se détourne de lui. Et à chaque nouvelle information que Dio glane sur Jonathan, c’est une nouvelle occasion d’aller encore plus loin. Il se rend compte que Jojo est amoureux d’Erina Pendleton, et décide donc de l’agresser sexuellement afin qu’elle soit trop honteuse pour reparaître devant Jonathan. Il apprend que Danny est le meilleur ami de Jojo, et il décide de… Je ne préfère pas vous le dire, c’est bien trop immonde. En bref, le mec ne reculera devant rien pour pourrir au maximum la vie de Jonathan, tout en se rapprochant du père dans le même temps. Jusqu’au jour où la vraie nature de cette enflure est révélée, ce qui bouleversera considérablement le destin de chacun.

Un shonen nekketsu d’aventure historique horrifique et pictural

Mais au-delà de Dio, un des éléments qui frappe dans cette première saison est le pot pourri stylistique auquel on a affaire. On commence dans un récit aux allures de mélodrame hollywoodien de la période classique, mettant beaucoup l’emphase sur les sentiments des personnages, des décors et costumes amples, pour ensuite verser dans le récit d’aventure matinée de mystère, pour finalement terminer dans du pur nekketsu agrémenté de mysticisme et de relents horrifico-fantastiques. Avec également un soupçon d’histoire pour faire bonne mesure. Vous l’aurez compris, il est assez compliqué de définir un genre précis à cette histoire, ce qui contribue à son originalité et à sa richesse.

C’est ainsi que l’on se retrouve face à un récit très axé sur l’action et l’aventure, mais qui prend également le temps de bien développer son contexte historique (l’Angleterre victorienne) et s’appuie dessus pour enrichir le background de l’oeuvre, convoquant une figure historique particulière de l’époque (mais aussi quelques unes issues du passé). Et tous ces styles hétéroclites se marient parfaitement dans un récit cohérent et structuré avec une intelligence telle que chaque changement de ton et d’ambiance passe comme une lettre à la poste. Et c’est surtout cette somme d’influences et ce mélange des genres qui contribuent (entre autres), au style si particulier du manga. Car il faut aussi dans cette première saison composer avec des références musicales nombreuses (la plupart des personnages secondaires ayant des noms inspirés de chanteurs ou groupes de rock, Dio en tête). Et d’après ce que j’ai lu, d’autres domaines esthétiques s’invitent à la fête au fil des saisons du manga, notamment la mode.

Selon moi, cet accumulation d’influences esthétiques diverses contribue à l’originalité de l’ensemble, aussi bien d’un point de vue narratif que visuel. Et c’est en partie de là que vient le côté baroque de l’oeuvre que j’évoquais précédemment.

Une oeuvre résolument baroque

Car ce qui frappe en premier lieu, c’est le style visuel très particulier du manga. Bien que se rapprochant de certains standards esthétiques de l’époque (le manga m’a tout de suite évoqué de style de Hara dans Ken le survivant), il se démarque par un travail sur les postures et la composition très pictural, résolument baroque. Dès le premier tome, où l’ambiance de mélodrame hollywoodien met beaucoup l’emphase sur les sentiments des personnages et sur des décors grandioses, on ressent un travail sur les postures et la représentation visuelle des émotions très particulier, qui est selon moi une des grosses qualités de ce début d’histoire.

Comme je l’ai déjà expliqué, Dio va d’emblée mettre la pression à Jonathan afin de le pousser à bout, et les émotions de ce dernier vont beaucoup être mises en valeur par un travail visuel mais aussi d’écriture qui va assez loin je trouve. Outre les postures exprimant les tourments de notre héros, il n’hésite pas à verbaliser ce qu’il ressent avec un langage assez ampoulé qui contribue à l’aspect baroque du titre. Car comme l’indique la définition que j’ai donné en début d’article, le baroque se caractérise par « l’exagération du mouvement, la surcharge décorative, les effets dramatiques, la tension, l’exubérance des formes, la grandeur parfois pompeuse et le contraste », des qualificatifs qui correspondent tous totalement à la façon de représenter les personnages et leurs sentiments dans ce début d’histoire (et qui par ailleurs, perdureront jusqu’à la fin, bien que l’on se focalise par la suite davantage sur l’action).

Jonathan pleure

Cela donne lieu à des compositions qui sont selon moi magnifiques, avec des postures qui transmettent beaucoup de choses et surtout, un style très marqué qui peut dérouter mais qui, pour peux qu’on y adhère, fait mouche. Il semblerait que ce style si particulier soit dû aux origines de son auteur, qui ne se destinait pas à devenir mangaka dans un premier temps. J’ai en effet vu dans un article du site journaldujapon qu’Araki est avant tout styliste de formation, bien que passionné de manga. Et parmi ses autres centres d’intérêt, il y a l’art (qui lui vient de son père) et les voyages. Chacun de ces éléments transparaît dans son oeuvre et viennent la nourrir, contribuant à lui conférer une ambiance propre et baroque.

Un style au service d’une histoire simple, mais prenante

Après avoir bien pris le temps de parler du style si particulier de l’oeuvre, il convient quand même d’en dire davantage concernant l’histoire racontée. Cette première saison faisant seulement cinq tomes, Araki n’a pas le temps de faire des détours, de présenter trop de personnages ou autres, et va droit au but. Son intrigue est certes simple, mais elle est très efficace et permet surtout de mettre en valeur ses personnages et ses ambiances dont j’ai déjà parlé auparavant.

Et malgré cette simplicité et la faible durée de l’histoire, on ne peut qu’être admiratif devant les changement brusques de tons, voire même de genre (chose que j’ai déjà évoqué). Cependant, le cœur du récit reste orienté vers l’aspect mystico-horrifique avec le mystérieux masque de Pierre qui semble doté d’un pouvoir étrange. Je n’en dirai pas plus, mais cet artefact central dans l’histoire contribue à l’originalité stylistique, conférant à la fois cet aspect horrifique, exotique, et aventureux à l’histoire. De plus, le fait que le masque se nourrisse de sang (on nous l’apprend dès le début) est plutôt intéressant tant Araki semble avoir une fascination pour la violence et sa représentation. De ce point de vue, le manga n’est pas à mettre entre toutes les mains tant certaines planches ne font pas dans la dentelle. Mais cela vient encore renforcer le style si particulier du manga.

Une porte d’entrée brillante vers un univers qui risque de réserver de nombreuses surprises

Pour conclure, si je n’ai pas été assez clair, cette première saison de Jojo’s Bizarre Adventure m’a totalement happé, de par le style de l’auteur mais aussi par ses personnages vraiment très réussis (en particulier Dio qui est un antagoniste vraiment marquant à mes yeux). Phantom Blood, en seulement cinq tomes, propose déjà un style extrêmement riche qui met à merveille en images une intrigue qui mêle avec bonheur les genres. Ainsi, la perspective de découvrir plus en détails l’univers d’Araki me met en joie, d’autant plus que les saisons suivantes prennent beaucoup plus leur temps. Et chacune se situant dans un cadre différent, je n’ai aucun doute que l’auteur n’aura aucun mal à toujours renouveler son style et fera toujours preuve d’une grande imagination pour me surprendre. On vante souvent les mérites de Jojo’s Bizarre Adventure, une oeuvre devenue culte, et dès cette première saison, je comprends déjà pourquoi !

12 commentaires

  1. Bravo pour ton article qui je pense rend vraiment hommage au manga et qui donne vraiment envie de s’y intéresser si on ne l’a pas lu. Ce qui est mon cas mais je connais la licence à travers l’anime avec l’adaptation de 2012 donc et j’en suis absolument fan et je dois t’avouer qu’un jour faut vraiment que je lise ce manga de légende xD
    Alors donc les nouvelles adaptations sont apparemment plutôt fidèle au manga donc je suis pas trop dépaysé mais on est bien d’accord que Dio c’est un connard mais de la pire espèce mais ça en fait un des antagoniste les plus iconiques aussi je trouve.
    Si on apprécie pas l’ambiance et l’univers de la série je pense que c’est difficile à suivre je me rapelle que perso ça m’a un peu dérouter au début mais on a quand même un aspect nekketsu avec tout le côté mystère et aventure lié notamment au masque du coup ça m’a plu.
    J’ai aimé aussi le renouvellement au niveau de chaque partie puisqu’on retrouve un nouvel héros à chaque saison lié à la famille Joestar évidemment il y a un fil conducteur et on exploite aussi différentes époques c’est géniale sans parler des grosses références notamment musicaux.
    Sinon pour l’instant mes parties préféré sont Battle Tendency la partie 2 donc pourtant je crois que c’est pas spécialement la partie préféré des fans mais j’adore le héros ici Jonathan qui est trop excellent xD. Et donc Golden Wind la partie 5 qui est absolument fabuleuse l’univers mafia est tellement géniale et je t’avoue qu’ici on a une complexité des Stands comparé aux parties précédentes qui est vraiment intéressant on peut clairement tout imaginer même si avec l’apparition des Stands dans la partie 3 on a déjà une part belle à l’imagination de l’auteur. Non mais clairement j’adore la licence Jojo =D

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    • J’ai adoré ta remarque  » on est bien d’accord que Dio c’est un connard mais de la pire espèce » ^^
      Quelqu’un sur twitter m’avait aussi bien fait rire en écrivant « c’est mon fdp préféré ».

      Concernant la partie 2, j’espère pouvoir l’acheter et la lire rapidement, comme elle ne fait « que » 7 ou 8 tomes, ça devrait le faire. Comme ça je pourrai te dire ce qu’il en est. Dans tous les cas, j’adore cette idée de suivre une famille, avec des lieux, ambiances et histoires différentes à chaque fois. Donc je vais continuer c’est certain, à mon petit rythme.

      Aimé par 1 personne

      • Mais oui mais Dio c’est tellement ça c’est un pure méchant il est pas du tout attachant mais on l’aime quand même dans un sens

        Oui d’ailleurs en relisant mon commentaire je me suis trompé je voulais bien sur parlé de Joseph pour la partie 2 et pas Jonathan qui est le héros de cette partie 1 du coup c’est ce qui arrive quand on se relis jamais lol bref j’espère que cette partie 2 te plaira autant qu’à moi d’aillerus comme je le disais j’adore Joseph je pense d’ailleurs que c’est le Jojo que je préfère en gros xD
        Et oui cette partie est pas très longue il me semble que les deux premières parties sont les moins longues du manga

        Aimé par 1 personne

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