Mon avis sur… Sans aller à l’école, je suis devenu Mangaka de Syoicho Tanazono

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Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka est une œuvre qui me fait de l’œil depuis longtemps. Le sujet me parlait beaucoup, le fait qu’il soit édité par Akata (un éditeur qui pour le moment ne m’a jamais déçu), et la bonne réputation du manga ont fait que j’ai décidé de me lancer, d’autant plus qu’il était disponible en médiathèque. Avant de nous lancer dans le vif du sujet, resituons un peu l’œuvre. Il s’agit du premier (et pour le moment unique) manga de cet auteur disponible en France, mais je pense qu’il n’est pas sa première œuvre publiée au Japon. Cependant, d’après ce que j’ai pu lire, il s’agit de son ouvrage le plus remarqué, peut-être en raison de son sujet, du fait qu’il soit autobiographique, ou tout simplement pour son excellente qualité ! Car on est effectivement face à un très bon manga dont je recommande d’emblée la lecture. Voyons donc pourquoi, après le traditionnel résumé.

Le jeune Masatomo aurait pu avoir une vie normale : jusqu’à son entrée à l’école primaire, il était en effet un petit garçon plutôt jovial. Mais hélas, en première année, et peu de temps après la rentrée, son trop colérique professeur lui donne un gifle particulièrement violente, et pas du tout justifiée. Dès lors, la spirale infernale commence pour Masatomo, qui n’ose plus retourner à l’école : peur du regard d’autrui et des rumeurs, incapacité à sortir de chez soi, difficultés d’intégration… Tous les ans, malgré les efforts de ses parents, mais aussi de nombreux professeurs et pédagogue, il n’arrivera jamais à suivre une scolarité « normale ». Préférant passer ses journées chez lui, à copier des dessins de Dragon Ball… Et si, au fil des pages, une vocation salvatrice était en train de naître ?

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai un rapport assez compliqué à la scolarité. Non pas que j’ai été en décrochage ou quoi que ce soit, mais me concernant, je trouve que mes années collège et lycée ont été très difficiles. J’étais très mal dans ma peau, je vivais beaucoup de stress vis-à-vis de la réussite scolaire, mais aussi par rapport au regard des autres. Bref, c’est une période dont je n’arrive à penser qu’avec un regard négatif. Et étant un futur papa, je dois avouer que parmi mes sources de stress vis-à-vis de la paternité, la peur du harcèlement scolaire est surement une des plus grandes. De ce fait, le sujet de ce manga, la phobie scolaire (et d’autres thématiques liées dont le harcèlement), m’a particulièrement parlé. Je partais donc dans la lecture avec beaucoup d’envie, mais aussi avec de fortes attentes. De ce fait, il y avait autant de chances que je sois déçu que de chances d’être conquis. Et comme je l’ai dit en introduction, c’est heureusement la deuxième situation qui a eu lieu.

En effet, j’ai adoré ce manga du début à la fin. Je trouve que l’auteur a vraiment réussi à mettre son âme dans cet ouvrage tout en conservant la distance de mise pour qu’il n’y ait pas d’éléments problématiques qui pourraient laisser à penser à une œuvre revancharde. Ainsi, il arrive d’emblée à nous faire partager et comprendre le point de vue de son personnage principal (qui ne porte pas son nom, le manga étant qualifié de « semi-autobiographique » uniquement). Le cheminement dans son esprit qui fait émerger des angoisses, qui deviennent trop fortes et créent des manifestations physiques tout en l’empêchant d’aller à l’école est parfaitement retranscrit, et j’ai été d’emblée saisi d’une forte empathie envers lui. Évidemment, comme il s’agit d’un enfant, ce serait très compliqué de ne pas être sensible à sa détresse. Mais au-delà de ça, il y a réellement un travail très fin d’écriture qui permet de comprendre cet enfant, ce qui est surement un des premiers gros points forts du manga.

Ainsi, nous le suivons au fil des années, assistant à ses efforts pour essayer d’avoir une scolarité à peu près normale, et voyant à quel point tout cela est dur pour lui. Le harcèlement qui semble naturel de la part des autres enfants, le regard des professeurs ou de ses parents, chaque chose devient potentiellement un frein à son épanouissement et à sa volonté de vivre comme tous les enfants. Nous partageons ainsi des moments de mieux, avant de sombrer à nouveau, et c’est surement le plus dur dans la lecture. Nous comprenons que les problèmes dont souffre cet enfant ne peuvent pas disparaitre comme ça.

Mais en même temps, on ne peut qu’être admiratifs de sa volonté, qui se manifeste par ses tentatives d’intégration, de reprendre une scolarité normale, mais aussi par tous les efforts qu’il fait dans le travail à la maison et dans sa passion… Car Masatomo a eu une révélation en découvrant Dragon Ball. Plus précisément, il assiste un jour à une exposition sur ce manga qu’il aime plus que tous les autres, et se dit alors qu’il souhaite devenir mangaka. C’est ainsi qu’on découvre des moments de paix dans sa vie très angoissante, lorsqu’il lit et dessine. Et c’est au gré de tout cela qu’il sera amené à faire LA rencontre qui va tout changer.

Ainsi, le manga arrive à délivrer en bout de course un message très positif, montrant qu’il est possible de s’en sortir malgré une phobie scolaire vraiment handicapante. On se doute évidemment que cette enfance a été très dure, on imagine comment on aurait vécu cela et on ne peut qu’être admiratif devant tous les efforts qu’il a fourni pour à la fois réaliser son rêve, mais aussi ne pas se laisser sombrer. Et je trouve qu’au-delà de la thématique de la phobie scolaire, le manga délivre un message plus large, sur le fait de s’accepter soi-même et de réussir à s’adapter au monde qui nous entoure. De ce fait, le manga aura réussi à me toucher tout en apportant une conclusion apaisante à tout ceci, surement en phase avec la paix que ressent l’auteur vis-à-vis de ces années difficiles. Et de ce point de vue, je pense qu’il aurait été difficile d’envisager meilleure fin à cette histoire.

Avant de conclure, j’ai envie de mentionner rapidement l’esthétique de l’œuvre, bien qu’elle ne soit pas son point le plus remarquable. En effet, le dessin et tout à fait satisfaisant, mais ce n’est clairement pas cet élément qui impose le plus le style de l’auteur. Je pense que c’est vraiment du côté de l’écriture qu’il arrive à transmettre le plus de choses. Mais le simple fait que le dessin soit à la hauteur et ne soit pas un élément qui perturbe la lecture est un très bon point.

En résumé, Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka est une très belle œuvre proposant un traitement vraiment pertinent de son sujet. Le mangaka arrive très bien à nous faire entrer dans la tête de son personnage, afin que l’on comprenne le cheminement qui l’amène à avoir des angoisses vraiment handicapantes dans la vie de tous les jours. Et en plus, il profite de ce thème pour aborder un certain nombre d’autres éléments liés, comme le harcèlement scolaire, d’une façon tout aussi réussie. Enfin, la conclusion du manga délivre un message très positif qui permet de terminer la lecture apaisé, quand bien même les émotions ressenties ont par moment été très difficiles compte tenu de la dureté du sujet. Une très belle lecture donc, sur un sujet essentiel !

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