Mon avis sur… Les Enquêtes du Limier de Jiro Taniguchi et Itsura Inami

Enquêtes du limier

Cela faisait quelques temps que je ne vous avais pas parlé d’une œuvre de Taniguchi, et ça commençait à me manquer un peu. De ce fait, j’ai sorti de ma besace un de ses travaux dont on parle trop peu à mon goût, puisqu’il s’agit à mes yeux d’une véritable pépite dans la carrière de l’auteur, à savoir Les Enquêtes du Limier. Cette série en deux tomes est adaptée d’un roman d’Itsura Inami et aurait été amenée à être prolongée comme l’indique l’auteur dans la postface du deuxième volume, s’il n’était pas mort prématurément. Et c’est bien dommage car, bien qu’il s’agisse de deux histoires indépendantes (ne donnant donc lieu à aucun sentiment d’inachevé), il faut bien admettre que compte tenu de la qualité des deux histoires présentées, on n’aurait pas été contre d’autres aventures du limier. Mais de quoi parlent donc cette série ?

Taku Ryûmon est un détective solitaire qui vit dans la montagne avec son fidèle chien-loup qu’il a recueilli et dressé. Amateur de chiens de chasse, il est également détective privé; sa spécialité, retrouver les chiens de race qui ont disparus. Dans son domaine, c’est le meilleur ! Un jour, une femme prend contacte pour une enquête très délicate : le chien-guide de sa petite fille aveugle a été subtilisé…

Ce résumé concerne le premier tome, mais il suffirait presque de remplacer le chien-guide disparu par un cheval pour avoir l’intrigue de base du second. Car Taniguchi développe en seulement deux volumes une structure sérielle efficace, qui permet de comprendre que chaque tome se focalise sur une enquête particulière pour notre héros. Et puisque l’on aborde le personnage principal, autant le dire tout de suite, il est une des principales qualités du récit.

Ryûmon vit en ermite dans sa grande propriété au milieu des bois avec son chien-loup, et la relation qui se noue entre les deux est un des éléments qui nous le rend d’emblée attachant. Cependant, j’ai un point important à noter me concernant. En tant qu’amoureux des animaux, je suis totalement opposé à la chasse. Or, notre héros est au contraire un excellent chasseur, et on a droit à plusieurs battues durant le récit. Mais je pense personnellement qu’il est possible d’éprouver de l’empathie pour un personnage dont la vision des choses n’est pas en accord avec la notre, et j’arrive donc à passer outre. Il est d’ailleurs à noter que ce point ne doit pas être ambigü pour Taniguchi qui était lui-même chasseur, et néanmoins proche de la nature. Je pense juste que nos visions des choses sont assez différentes.

En dehors de ce personnage principal et de son animal qui se sont tout de suite attiré ma sympathie, ces deux volumes partaient déjà avec un gros avantage me concernant, puisqu’ils mettent la question des animaux et de notre rapport à eux au centre de l’histoire. Et si je traite les deux tomes conjointement, c’est tout simplement du fait de cette unité thématique (et stylistique, bien évidemment, puisque l’écriture et le visuel sont typiques du travail de Taniguchi). En effet, je trouve ces deux histoires absolument passionnantes car elles sont le fruit d’un travail parfaitement documenté et dont l’écriture retranscrit très bien les enjeux. Ainsi, le premier tome explique avec une grande clarté l’importance des chiens d’aveugles pour les personnes atteintes de ce type de handicap, tout comme le rapport particulier qui les lient à leur animal. De plus, il est question de la façon dont ces chiens sont éduqués afin de répondre à leur mission.

Le second volume quand à lui, étant centré sur la disparition d’un pur sang (un cheval donc), traite davantage de la question de l’élevage des chevaux, de la pureté des races et du rapport des soigneurs à ces animaux également. De ce fait, dans les deux cas nous nous retrouvons face à des rapports très particuliers aux animaux, que je qualifierai d’utilitaristes (en opposition aux animaux de compagnie dont on ne tire, en principe, aucun profit autre que l’affection mutuelle). Et personnellement, le rapport aux animaux étant un sujet qui me passionne dans sa globalité, voir des œuvres centrées sur ce type de relation dans des cadres différents, et donc avec des enjeux différents, me fait vraiment très plaisir et me procure un grand enrichissement. D’autant plus qu’encore une fois, ces deux récits sont vraiment documentés afin de toucher à une réelle authenticité.

De plus, comme je l’ai rapidement évoqué, cette richesse thématique est mise en valeur par un travail d’écriture et esthétique à la hauteur de ce qu’on attend d’un artiste tel que Jiro Taniguchi. De ce fait, l’auteur laisse la place à la contemplation, prend le temps de poser ses ambiances et n’oublie pas de nous procurer de belles émotions. Ainsi, comme d’habitude avec Taniguchi, je ressors de ces lectures avec un sentiment d’apaisement, en plus de l’enrichissement que m’a apporté sa réflexion sur notre rapport aux animaux. Tous ces éléments mis bout à bout en font de ce fait une lecture à côté de laquelle il ne faut pas passer si l’on s’intéresse à l’auteur (ou simplement si on aime les histoires de qualité).

Avant de conclure, un petit mot sur l’édition. Casterman a publié les deux tomes dans sa collection Sakka, avec laquelle j’ai un peu de mal pour une raison toute simple. Je trouve que le prix de 12,99€ n’est pas vraiment justifié. On se retrouve avec un prix qui est presque le double d’un manga au format poche classique, mais dont la valeur ajoutée ne justifie pas un tel écart de prix. Le format est un tout petit peu plus grand, les volumes sont un peu plus épais (mais il n’y a pas beaucoup plus de pages pour autant), l’impression est propre, mais rien de réellement éclatant. Alors que dans la collection Écritures, on trouve des récits plus longs, dans un plus grand format avec une couverture et une reliure de meilleure qualité pour 3 à 5 euros de plus. Ainsi, si l’édition est de qualité, son prix est selon moi trop élevé. Mais c’est le prix à payer pour deux histoires de très grande qualité.

En résumé, Les Enquêtes du Limier est une série en deux tomes dont on parle finalement assez rarement lorsque l’on évoque le travail de Jiro Taniguchi et c’est un tort selon moi car je la classerai dans ses incontournables. Le travail esthétique et narratif est à la hauteur de ce dont l’artiste est capable, et nous propose en plus une belle réflexion sur notre rapport aux animaux, tout en nous procurant de belles émotions. Le meilleur des deux mondes en somme !

 

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