Mon avis sur… Vinland Saga T.1 à 8, de Makoto Yukimura

Vinland Saga

J’ai pu me procurer en médiathèque les premiers tomes de cette série qui me fait de l’œil depuis un moment. En effet, le contexte m’attire bien, ne serait-ce parce que les histoires de vikings ne sont finalement pas légion (même si la série Viking compense ce manque, mais je ne l’ai jamais vue), contrairement à tout ce qui se passe durant l’antiquité grecque, romaine ou égyptienne. De plus, ce manga dispose d’une très forte réputation, d’où l’arrivée récente d’une adaptation animée (disponible sur le service de streaming d’Amazon en France si je ne dis pas de bêtise). Je m’y suis donc enfin mis, et j’ai pu lire les 8 premiers tomes qui constituent le prologue de l’histoire, et c’est du lourd !

Depuis qu’Askeladd, un chef de guerre fourbe et sans honneur, a tué son père lorsqu’il était enfant, Thorfinn le suit partout dans le but de se venger. Mais bien qu’il soit devenu un guerrier redoutable, il ne parvient toujours pas à vaincre son ennemi. Au fil des ans, enchaînant missions périlleuses et combats afin d’obtenir des duels contre l’homme qu’il hait plus que tout, le gentil Thorfinn est devenu froid et solitaire, prisonnier de son passé et incapable d’aller de l’avant. Jusqu’à ce que la vie le force à regarder le monde différemment…

Le premier tome débute en pleine escarmouche, l’occasion de nous présenter Thorfinn, le personnage principal, et Askeladd, l’homme dont il veut se venger depuis qu’il a tué son père. Le père en question, c’est Thors, surnommé « Le Troll de Jom », un guerrier incroyable qui a déserté et vivait depuis en paix dans son village. La deuxième moitié du premier tome, et l’intégralité du second se focalisent sur ce personnage, et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa caractérisation est des plus réussies ! On se retrouve face à une figure assez classique du guerrier qui en a vécu trop et qui aspire à la paix, mais qui est rattrapé par sa nature de guerrier. J’adore ce type de personnage, et Thors ne fait pas exception. Il dégage une aura de dingue et même sans qu’il se batte, on comprend à qui on a affaire. De plus, le fait de le voir dans un premier temps aux côtés de sa femme et de ses enfants, vivant paisiblement en évitant au maximum les conflits, montre toute la sagesse du personnage. Il sait à quel point la guerre est cruelle et souhaite autant que possible éviter la violence. On le voit très bien dans la scène où Thorfinn trouve ses armes et dit vouloir faire la guerre pour tuer ses ennemis. Thors lui dit alors que personne n’est son ennemi, montrant bien toute l’absurdité de la guerre et la notion d’ennemi.

 

Mais comme l’indique le résumé, Thors ne fera malheureusement pas long feu, déclenchant la soif de vengeance de son fils. Car ce prologue est axé sur plusieurs choses, dont la vengeance de Thorfinn sur Askeladd, l’homme qui a tué son père. Mais notre jeune héros est finalement pas mal en retrait au profit dudit Askeladd, le véritable personnage principal de ce prologue selon moi. En effet, ce dernier est beaucoup plus proactif que Thorfinn qui ne fait qu’obéir à ses ordres pour à chaque fois avoir le droit de l’affronter en duel, dans l’espoir de le vaincre un jour et venger son père. Askeladd, quant à lui, mène une petite armée de pirates et semble piller au gré du vent sans but précis dans un premier temps, avant que ses réelles intentions ne se dévoilent (mais comme cela se fait au fur et à mesure du récit, je n’en dirait pas plus). Et ce personnage est un des gros points forts de ce début de série (globalement, les personnages sont tous très réussis). C’est un excellent guerrier, mais surtout un brillant stratège et quelqu’un capable de percer à jour tous les hommes, sachant toujours à qui il peut se fier ou non (de ce point de vue, il semblerait que le seul être ayant sa confiance est son second, Björn.

 

Et puisqu’on en est à parler des personnages, autant évoquer les autres figures qui se démarquent dans cette première partie. Björn, que j’ai évoqué juste avant, est une véritable montagne et est surtout mis en avant au combat, notamment parce qu’il prend des champignons qui le font passer en mode berserk. Mais ce n’est rien à côté de Thorkell, un géant absolument invincible qui se prend d’affection pour Thorfinn car ce dernier a réussi à le blesser lors d’un duel. Thorkell est beaucoup mis en avant, et son amour de la guerre et ses manières le rendent à la fois effrayant et amusant. J’ai personnellement beaucoup aimé ce personnage et j’espère qu’on aura l’occasion de le revoir par la suite. Nous avons aussi le prince Knut, qui est selon moi le personnage qui connait la plus grande évolution au cours de cette partie. Pris au cœur de jeux de pouvoir, son contact avec Askeladd et le fait qu’il va vivre la vacuité de la guerre va beaucoup le changer.

Car la thématique principale de ce début de récit (et peut-être de la suite, à voir), est bel et bien la vacuité de la guerre, et le fait qu’aucune mort sur le champ de bataille n’a d’utilité et n’est légitime. C’est ce que Thors a souhaité faire comprendre à son fils, le personnage conservant d’ailleurs une aura de mystère sur ce point car on ne sait pas pourquoi il est passé de guerrier à pacifiste. Mais c’est également ce que Knut finit par comprendre de ses expériences. Nous avons d’ailleurs l’occasion de rencontrer un moine qui discutera cette notion avec le prince et nous éclairera davantage sur cette thématique. De plus, la fin du prologue que je ne dévoilerai pas, semble représenter une forme de justice poétique et donne à Thorfinn une leçon de vie des plus importantes concernant la violence, la guerre et la soif de vengeance. Ainsi, le manga est très intelligent et fin sur ce point.

Un autre élément majeur de la série, qui ne saurait être passé sous silence, vient bien évidemment du fait qu’elle est ancrée dans un contexte historique précis. Je serai bien incapable de dire si le contexte historique est traité avec fidélité, cependant, on a régulièrement des rappels sur les croyances vikings, sur le contexte géopolitique et historique et de ce fait, même les personnes connaissant très mal ce pan de l’Histoire ne seront pas dépaysées. En tout cas, me concernant, je n’ai à aucun moment eu l’impression d’être perdu et de ne pas avoir le bagage nécessaire pour saisir les enjeux, ne serait-ce parce que l’auteur a la bonne idée de toujours nous ramener à hauteur d’homme.

Et maintenant que j’en ai fini d’évoquer le fond, passons à la forme, qui est vraiment excellente. Au cas où cela soit nécessaire de le préciser, le manga est très violent. On a des découpage de têtes et de membres à tire larigot, sans parler des corps explosés, brûlés et autres. Mais c’est il me semble une nécessité pour montrer de façon crue la violence inhérente à ce genre de guerre. Au-delà de cet aspect, un des points qui m’a marqué est la qualité du character design, tous les personnages étant immédiatement reconnaissables. De plus, le découpage est de très bonne qualité, tout comme le travail sur les postures, ce qui rend les nombreuses séquences d’affrontement vraiment plaisantes à suivre. À ceci s’ajoute un travail de reconstitution vraiment bon, avec des tenues, armes et décors parfaitement crédibles (même si encore une fois, je ne suis pas super bien placé pour juger de ceci). Rien ne me semble faire tâche dans cet ensemble, et les prouesses physiques exagérées des personnages principaux arrivent à parfaitement passer au sein de l’ambiance globale créée par le mangaka.

En résumé, ces huit premiers tomes qui constituent le prologue de Vinland Saga imposent d’emblée un univers, une ambiance, une esthétique et des personnages que l’on a envie de suivre. Le héros Thorfinn est assez en retrait au profit d’un Askeladd vraiment très charismatique, mais on sent que ces événements introduisent la thématique de la vacuité de la guerre et surtout la caractérisation d’un héros qui sera amené à beaucoup évoluer. De plus, de nombreux camps et personnages charismatiques sont mis en avant afin de développer les jeux de pouvoirs qui seront à n’en pas douter au cœur de l’histoire à venir. Ainsi, ce prologue à une histoire que j’imagine être bien plus vaste est particulièrement réussi et me donne encore plus envie de savoir où le mangaka souhaite nous emmener. Une réussite sur tous les points que je ne peux que recommander, d’autant plus que l’anime arrive ce mois-ci sur amazon video !

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3 commentaires

  1. Cela m’a l’air intéressant même si graphiquement je ne suis pas fan.
    Effectivement les histoires de vikings ne sont pas légion. Certainement parce qu’il n’existe pas de traces écrites de leur civilisation, nous n’en avons que des bribes.
    En tout cas j’aime beaucoup le postulat de départ de ce récit. je note le titre.

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