Mon avis sur… Fire Punch T.1 & 2 de Tatsuki Fujimoto

Fire punch

Difficile de ne pas être attiré par Fire Punch de Tatsuki Fujimoto, seinen terminé en 8 tomes. Au-delà de ses couvertures magnifiques, le pitch à lui seul attire de par la radicalité qui semble en émaner :

Dans un monde où tout est recouvert de glace, la famine et le chaos règnent sur la Terre. Parmi les quelques humains qui tentent de survivre, certains sont dotés de pouvoir surnaturels. Agni et sa sœur, Luna, font partis de ces « élus » et possèdent la faculté de se régénérer. Agni utilise ce pouvoir pour nourrir les habitants de son village. Pourtant, cela ne suffira pas à les préserver du terrible malheur qui va s’abattre sur eux…Seul survivant d’un massacre, Agni se lance dans une quête effrénée pour assouvir sa soif de vengeance.

Et encore, Kazé a eu la décence de nous épargner dans son résumé les éléments qui d’emblée mettent mal à l’aise, voyez plutôt : si Agni et Luna nourrissent leur village grâce à leur pouvoir de régénération, c’est que chaque jour, ils coupent le bras d’Agni à de nombreuses reprises (celui-ci repoussant instantanément) afin de fournir de la viande au village. Ainsi, on joint la souffrance au cannibalisme, dès les premières pages du manga pour tout de suite poser l’ambiance. Et ceci sans oublier que le massacre dont il est question dans le résumé est en fait dû à un autre élu, ayant le pouvoir de créer des flammes dévastatrices. Il va donc brûler tout le village, y compris Agni et Luna. Sauf que le pouvoir d’Agni est tellement efficace que contrairement à sa sœur, il va survivre… Mais gratifié de ces flammes fort efficaces pour tuer tout le monde, qui seraient bien sympathiques si ce n’étaient la douleur constante liée à la combustion perpétuelle du jeune homme. L’auteur a d’ailleurs la gentillesse de nous décrire les huit années que mettra Agni pour maîtriser sa douleur, expliquant notamment qu’il passe la première année à hurler de douleur, avant d’arriver à faire avec (quand bien même elle reste présente).

Ainsi, l’univers de ce manga post-apo nous est présenté dès son premier chapitre dans toute son horreur, le mangaka semblant vouloir nous faire tout de suite comprendre que rien ne nous sera épargné. Et la violence absolument dingue de ce que vit Agni n’est peut-être même pas le plus indécent dans ce qui nous est montré dans ces deux premiers tomes. Je vous laisse le « plaisir » de la découverte du sort réservé à un autre personnage important dès le second tome, mais tout cela semble nous asséner avec violence ce message : ce manga n’a aucune limite ! Et c’est précisément cette radicalité qui, passé le choc et le malaise évident engendré, m’a hypnotisé dans ce manga. Je ne l’ai pas précisé, mais évidemment, il est à réserver à un public adulte, même pour des ados assez matures, ça me semble assez tendu. Personnellement, avec ce qu’on voit dans ces deux premiers tomes, je suis déjà vraiment retourné. Mais au-delà de cette violence, il y a une fascination réelle. Pour cet univers, pour le style de l’auteur, pour sa galerie de personnages, mais aussi parce que des questions intéressantes sont déjà posées dans ces deux premiers tomes par ailleurs extrêmement rythmés.

En effet, outre Agni, nous sommes ici introduits à une petite galerie de personnages qui exercent tous d’une façon ou d’une autre une certaine forme de fascination et nous amènent à nous interroger sur ce qu’il y a dans leur tête et quelle sera leur évolution future. Nous avons tout d’abord Doma, l’élu responsable de la destruction du village d’Agni et de l’état de cet anti-héros. Ce personnage est très intéressant car, alors qu’on s’attend à un sadique sans pitié, il se révèle au contraire être un homme très trouble qui donne l’impression de regretter ses actes et d’avoir en lui une grande souffrance. Agni fait également la rencontre de Sun, un jeune garçon assez agaçant tant il est bavard, également élu, capable de faire de l’électricité avec ses mains. Il se caractérise en particulier par son rapport au personnage principal, qu’il prend pour un Dieu. Nous avons ensuite Judah, une autre élue disposant du pouvoir de régénération, qui ressemble à s’y méprendre à Luna. De ce fait, Agni ne peut s’empêcher d’envisager la possibilité qu’il s’agisse de sa sœur qui aurait été ressuscitée avec la mémoire effacée (à ce stade, impossible de savoir si c’est un délire complet du personnage ou si elle a effectivement un lien quelconque avec Luna).

Enfin, le dernier des personnages d’importance présenté dans ces deux tomes est Togata, personnage qui semble aussi central qu’Agni et qui dégage une aura très particulière. Disposant aussi du pouvoir de régénération, elle vit sur cette Terre depuis plus de 300 ans et connait donc le monde tel qu’il était avant d’être glacé (vraisemblablement par une sorcière de glace qu’on n’a encore pas vu, si tant est qu’on la voit par la suite). Elle est également une amoureuse du cinéma, mais est particulièrement blasée depuis que sa collection a été détruite. Son but est donc de réaliser le plus grand film qui soit, avec Agni dans le rôle principal. Togata est très intrigante de par sa grande force, la façon dont elle prend tout avec beaucoup d’humour et de distance (il faut la voir tuer tout ce qui bouge avec le sourire, ou entraîner Agni aux arts martiaux en lui apprenant un maximum de grossièretés en anglais), et fait de nombreuses références cinématographiques, n’oubliant jamais le film qu’elle tourne. Tout ceci permet une prise de distance avec les événements racontés, ainsi qu’une mise en abyme du processus créatif. Tout en offrant également des moments de respiration qui rend cette violence plus supportable. De plus, cela contribue à donner une tonalité très particulière au manga, qui est à mes yeux de relatif profane d’une grande originalité.

C’est de ce fait ces personnages, ce mélange de violence mêlé de fascination, cette mise à distance des choses ainsi que cet univers qui rendent ce manga si fascinant. Personnellement, j’ai une grande sympathie pour les œuvres radicales, même si cette radicalité peut faire que ça passe ou ça casse. Mais dans tous les cas, avoir une approche telle permet de créer des œuvres qui ne s’interdisent rien et qui, de la sorte, arrivent à procurer des émotions très fortes (me faisant penser à l’obsession de Togata pour le côté cathartique de son film à venir). Et dans le cas de ces deux premiers tomes, je trouve cela parfaitement réussi et j’ai hâte de voir où tout cela va nous mener, car ce genre d’oeuvre a aussi la qualité de se rendre imprévisible tant elle ne cherche pas à rentrer dans les clous. C’est par cette radicalité que Fire Punch se démarque pour moi et me retourne dès ses premiers tomes, un peu de la même façon que Hajime Isayama l’a fait avec L’Attaque des Titans dans un style cependant très différent (je parlerai un jour de L’Attaque des Titans, car c’est une des séries actuelles qui me fait le plus halluciner de par sa qualité).

En résumé, je me suis lancé dans Fire Punch en m’attendant à quelque chose de très dur du fait de son pitch vraiment dérangeant, et je me rend compte dès ces deux premiers tomes de la radicalité de l’oeuvre qui fait que même en s’attendant à quelque chose de hard, on n’est jamais réellement prêt à ce qui advient (j’ai éludé certains éléments choc qui m’ont mis assez mal). Et au-delà de la violence et du côté extrêmement malsain de l’univers dépeint, il y a une réelle fascination exercée par ces personnages, en particulier celui de Togata. Il faudra voir comment la série continue dans les tomes suivants, mais on a déjà ici les bases d’une oeuvre qui semble bien partie pour me marquer.

16 commentaires

  1. Mdrr « l’auteur a la gentillesse » on sent l’ironie 😂
    Accroche toi pou la suite tu vas tournebouler. Tous le éditeurs t’ont dans la poche avec leur offre découverte. D’ailleurs, tu l’a évoqué mais pas précisé, public adulte c’est quelle tranche d’âge pour toi ?

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    • Ben pour le coup, je me questionne aussi. Ca dépend de la sensibilité de chacun, mais pour Fire Punch, en dessous de 15 ans ça me semble vraiment pas envisageable. Je serai tenté de dire 18 ans même.
      Si j’avais lu ça ado, je pense que j’aurai tourné de l’œil personnellement.

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      • Voilà une œuvre que tu ne recommandera pas à ta mediatheque du coup 😂. C’est vrai que même moi quand j’ai mis les pieds dans cet univers vers mes 19 ans j’ai été surprise. On s’y attend tellement pas que le choc /horreur /répulsion /fascination est immédiat. Ce manga a un effet pervers je trouve. Plus c’est dérangé, plus ça fascine.

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      • En soit, ce serait envisageable à la médiathèque car il faut qu’on propose des œuvres pour tous les publics. Mais dans les faits, on a très peu d’adultes qui lisent des BD, et sur ces quelques adultes, je ne crois pas qu’il y ait des lecteurs de mangas, du coup j’évite de prendre du manga adulte sachant que ça ne sortira pas.
        On a du coup le minimum syndical en terme de manga adultes, mais je prends quand même les rééditions d’Akira, parce que c’est un classique parmi les classiques et qu’il n’y a que 6 volumes.

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  2. Oui du coup j’ai lu ça et tu m’as quand même donné envie de le tester malgré le côté trash et crue de l’histoire mais c’est une particularité que je trouve intéressante dans la mesure où l’auteur fait dans l’originale après reste à voir si j’accrocherais ou pas mais le côté malsain me fait pas peur. J’essayerais de tester ça le mois prochain si j’ai le temps je te dirais mon avis
    Ta comparaison avec SnK est intéressante parce que je pense que Isayama et Fujimoto sont des auteurs qui effectivement préfère de na pas rentrer dans un moule et jouer sur l’imprévisibilité, d’ailleurs au début de la publication de SnK, il y a eu beaucoup de réserve sur le fait qu’un manga sur les titans mangeurs d’hommes puissent marcher comme quoi c’est rigolo quand on y pense vu le succès mondiale à l’heure actuel

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    • Oui, quand je me suis lancé dans l’Attaque des Titans, je suis allé de surprise en surprise, et j’ai aussi été étonné de voir qu’une oeuvre pareille rencontre un tel succès (mérité selon moi).

      Par contre, j’ai beau trouver ce début de Fire Punch brillant, on est quand même loin en terme de qualité de L’Attaque des Titans à mes yeux, qui dès le début m’avait fait halluciner.

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      • Et moi alors !!!! ça va faire presque 10 ans que je suis la série et je suis toujours surprise voir parfois choqué à chaque chapitre lol.
        Totalement en plus ça me choque toujours le fait de savoir que Isayama n’avait que 22 ans quand il a été sérialisé c’est vraiment impressionnant d’autant plus quand on voit la qualité de son scénario

        J’imagine que oui de mon point vue ( et ça n’engage que moi ) SnK est pour moi le meilleure manga de cette décennie et de loin

        Aimé par 1 personne

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