Mon avis sur… Magus of the Library T.1 de Mitsu Izumi

Magus

Pour ses 15 an, Ki-oon nous gâte depuis le début de l’année et c’est encore le cas avec cette nouvelle série qui a débarqué en début de mois en France, que l’on doit à Mitsu Izumi, qui compte seulement deux tomes au Japon pour le moment. Un choix intéressant pour l’anniversaire de l’éditeur puisque ce nouveau manga célèbre comme il se doit le livre ainsi que l’imaginaire au sens large comme nous allons le voir ensemble.

“Le livre. Une source de savoir, une accumulation de signes chargés de sens, un précieux héritage qui relie passé et futur. C’est un mage qui me l’a dit un jour : protéger les livres, c’est tout simplement… protéger le monde !”

Pour le jeune Shio, qui passe son temps libre plongé dans les romans, les récits extraordinaires sont un refuge face à la brutalité du quotidien. Son rêve est de partir pour la capitale des livres, où sont rassemblées toutes les connaissances du monde. Un projet utopique pour un gamin sans ressources… jusqu’au jour où des envoyées de la fameuse bibliothèque centrale débarquent dans son village ! Le miracle qu’il appelle de ses vœux depuis si longtemps est-il sur le point de se réaliser ?

Ce résumé met bien l’accent sur le fait que les livres sont un moyen d’évasion, mais il élude cependant le cœur de ce premier tome qui est les bibliothèques, leur utilité et leur fonctionnement ! Et il s’avère que je suis moi-même bibliothécaire et de ce fait, je me permet de penser que je peux apporter un avis intéressant sur la façon dont le manga traite ce sujet. De ce fait, je vais passer rapidement sur le développement de l’intrigue, l’esthétique et l’écriture globale pour me focaliser sur cet élément qui a particulièrement retenu mon attention.

Mais que l’on soit clair d’emblée, j’ai absolument adoré ce premier tome, l’auteure dessine magnifiquement, pose d’emblée une ambiance magnifique qui soutient une écriture de qualité présentant très bien son personnage principal de qualité et ses personnages secondaires (quasi-exclusivement féminins) absolument fascinants (normal, il s’agit de bibliothécaires !), sans parler de l’univers de l’oeuvre très séduisant. De plus, il y a un travail thématique qui dépasse le cadre du monde du livre tout en y étant connecté. On y aborde en effet le racisme et les préjugés de classe, avec le personnage du bibliothécaire qui refuse à Shio l’accès aux livres sous prétexte que les pauvres (et ceux d’une couleur différente) ne sont pas fiables et risquent de voler les documents ou les abîmer. Un travail global d’excellente qualité qui, s’il est développé de la même façon par la suite risque de nous donner une série brillante !

Mais pour en revenir sur la thématique des bibliothèques, on voit en effet clairement que cet élément est au cœur du récit et de cet univers, quand bien même on est dans la fantasy. Cela passe d’abord par le personnage de Shio, amoureux des livres qui doit redoubler de ruse pour réussir à en lire (sans jamais en voler cependant, en bon héros vertueux qu’il est). Son quotidien difficile prend cependant une nouvelle tournure lorsqu’arrivent au village les Kahunas, venues de la bibliothèque centrale pour visiter cette bibliothèque de campagne mais également chercher un volume mystérieux. L’ambiance magique se met ici en place mais je n’en dirai pas plus sur le but réel de leur visite. J’ai cependant beaucoup aimé le rapprochement opéré entre le monde magique et celui du livre, qui met bien en valeur la thématique de l’évasion par la fiction.

Mais c’est surtout dans les riches explications sur le fonctionnement des bibliothèques que ce tome a retenu mon attention, puisqu’il s’agit de mon quotidien, et que tout est décrit ici sans fausse notes. Ne pensez pas cependant qu’il va s’agir d’un long exposé explicatif et indigeste, toutes les informations données s’imbriquent parfaitement avec le développement de l’intrigue et de l’univers et passent ainsi comme une lettre à la poste. De plus, l’auteur explique de façon simple mais malgré tout fidèle à la réalité le fonctionnement des choses : une bibliothèque centrale a pour but d’apporter un support humain, d’expérience et d’expertise (notamment via la formation) ainsi que matériel (avec du prêt de documents) aux bibliothèques du réseau dont elles ont la charge. Tout ceci est parfaitement retranscrit dans ce manga. De plus, il y a un passage vraiment très réussi et très drôle sur la réparation de livre qu’il faudrait faire voir à tous ! Car si un livre est abîmé, on ne le répare pas n’importe comment (et surtout pas avec le scotch du commerce qui ne fait que pulvériser encore plus l’ouvrage, pitié !). Il y a toute une technique et un matériel spécifique à utiliser en fonction des dégâts. Ce point est parfaitement retranscrit dans ce premier tome et il était impensable de passer cet élément si important du travail de bibliothécaire sous silence (tellement important que je ne pratique aucune réparation personnellement, étant trop peu doué de mes doigts et n’ayant jamais été formé à ça, mais il faudra s’y mettre un jour…).

Enfin, au-delà du fonctionnement pur du monde des bibliothèques, ce manga porte un message fort sur l’importance de ces structures et leur rôle de démocratisation et d’accès à la culture pour TOUS. Ceci est fait naturellement via le rôle de Shio et le fait qu’on lui interdise l’accès à la bibliothèque du village. Les Kahunas expliquent ainsi en quoi il n’est pas pensable d’empêcher à quelqu’un de lire s’il le souhaite, quand bien même le risque de retour endommagé ou de vol de document existe et existera toujours (et ce quel que soit le public, je tiens à le signaler). Elles rappellent ainsi que les a priori n’ont pas leur place dans ce métier et que l’on doit rester au service du public avant tout. Ce point m’a évidemment beaucoup parlé et touché puisqu’il me rappelle pourquoi je fais mon métier et en quoi il est important. De plus, j’avoue que c’est plaisant de lire un livre présentant les bibliothécaires (toutes des femmes, mais c’est une réalité du métier, on est assez peu d’hommes au final) comme des personnages d’un grand charisme, presque des super héroïnes, dont la force et l’autorité ont l’air sans faille, et qui ont malgré tout une forte empathie et un grand cœur. Je me doute qu’on ne voit pas les bibliothécaires ainsi dans la réalité, mais j’aime quand même à croire que pour certains, on est un peu plus que des gens qui mettent des livres dans des rayons…

En résumé, ce premier tome de Magus of the Library m’a totalement conquis. Par sa thématique qui ne pouvait que me parler compte tenu de mon métier, mais aussi par la façon dont le métier de bibliothécaire est décrit avec beaucoup d’authenticité (bien que l’on soit dans un récit de fantasy). Mais au-delà de ça, le tome est d’une grande richesse, parfaitement maîtrisé aussi bien dans son écriture que dans son esthétique, ce qui en fait une lecture qui peut s’adresser à tous. Sa lecture est cependant impérative selon moi pour tout bibliothécaire et l’ouvrage devrait trouver sa place dans les rayons de n’importe quelle structure (tout comme Le Maître des Livres) car il peut faire office de formidable outil de médiation pour parler de ce métier. Un premier tome brillant et prometteur pour la suite, qui peut trouver écho auprès de tous !

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7 commentaires

  1. « Enfin, au-delà du fonctionnement pur du monde des bibliothèques, ce manga porte un message fort sur l’importance de ces structures et leur rôle de démocratisation et d’accès à la culture pour TOUS. »

    Je ne voyais pas du tout ce manga comme ça, j’avoue que tu m’as vraiment intrigué, je j’ai pas lu le maître des livres pour la référence mais les dessins me plaisant déjà énormément pour celui-là peut-être que je finirai par m’y intéresser. Je met des plombes quand ça ne rentre pas directement dans mes goûts habituel par peur d’être déçue (et par rapport aux sous lol). Merci pour cette avis vraiment brûlant.

    Aimé par 1 personne

    • De rien, j’ai essayé de retranscrire le coup de cœur que j’ai eu pour ce manga. En fait je pensais qu’il allait se focaliser sur le côté « ouverture à l’imaginaire » des livres, et du coup j’ai été étonné que le métier de bibliothécaire et le rôle des bibliothèque soit en fait l’élément central. Et comme je l’ai dit, j’ai été encore plus surpris de voir avec quel réalisme ça a été traité alors qu’on est dans un cadre de fantasy.
      C’est pour ça que je pense d’ailleurs le prendre pour ma bibliothèque, et plus généralement je pense que c’est le genre de manga qui devrait avoir sa place dans n’importe quelle structure (tout comme Le Maitre des livres, qu’on a déjà).

      Aimé par 1 personne

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