Mon avis sur… Bip-Bip Boy T.1 de Rensuke Oshikiri

Bip-Bip Boy

La sortie française de Bip-Bip Boy de Rensuke Oshikiri (série terminée en 3 tomes) représente selon moi un petit événement dans le monde du manga car il s’agit de la toute première sortie de Omaké Manga. Si ce nom vous semble familier, c’est tout simplement parce que Omaké est un éditeur fondé en 2010 par Florent Gorges (grand nom du journalisme jeu vidéo en France et co-fondateur de Pix’n Love), qui se positionne sur un segment résolument otaku, centré en particulier sur des publications en lien avec le jeu vidéo et la culture japonaise (L’histoire de Nintendo et Les Oubliés de la Playhistoire entre autres, mais également les DVD du Joueur du Grenier et du Hard Corner). Et étant pour ma part un gros gamer désireux de voir ce que cet éditeur nous préparait, je ne pouvais pas passer à côté de leur première sortie manga.

À ce titre, je trouve que le choix de Bip-Bip Boy comme titre de lancement fait sens par rapport à la politique éditoriale de Omaké. En effet, il s’agit d’un manga résolument nostalgique qui se présente comme un panorama de la culture gamer au Japon à partir des années 1980. Un choix intéressant d’un point de vue éditorial, mais qui ne rimerait à rien si l’ouvrage n’était pas de qualité. Ce qui fort heureusement est le cas. Je vais commencer par un petit résumé avant d’expliquer en quoi ce manga est une lecture tout à faire recommandable :

L’histoire vraie d’un loser né avec des pixels à la place des neurones.
Cette autobiographie qui a fait décoller la carrière du mangaka Rensuke Oshikiri (High Score Girl sur Netflix) nous fait revivre avec un cynisme mordant l’enfance d’un loser gamer dans les années 1980. L’auteur avait le choix entre étudier à l’école et passer sa vie à jouer aux jeux vidéo. Il a évidemment choisi… les jeux vidéo ! Sa passion dévorante va lui faire vivre des aventures et des situations particulièrement drôles.

Comme vous pouvez le constater en lisant ce résumé, il s’agit d’un manga autobiographique dans lequel l’auteur décrit avec beaucoup d’humour ses souvenirs de joueur. Le tome n’est pas structuré autour d’une intrigue principale, mais est au contraire constitué de petits chapitres d’une dizaine de pages revenant à chaque fois sur un souvenir en particulier. On commence avec sa découverte des jeux vidéo avec les Game and Watch au début des années 80, en passant par une journée de recherches d’une PC Engine d’occasion qu’il puisse se payer, sans oublier une guerre entre collégiens pour le « contrôle » d’une salle d’arcade…

Toutes ces anecdotes et souvenirs sont l’occasion pour le lecteur de découvrir le contexte dans lequel les jeunes japonais découvraient le jeu vidéo, et de ce point de vue, même si c’est évidemment un condensé, le manga rappelle plusieurs grandes périodes du jeu vidéo et cite certains jeux cultes et d’autres méconnus. C’est de ce point de vue très sympa pour un gamer de voir ce genre de choses, même si le petit défaut est que compte tenu de la structure narrative, on ne va pas trop en profondeur et de nombreux éléments abordés sont relativement connus (comme le fait d’attendre une nuit dans le froid pour un jeu). Mais malgré tout, au gré des chapitres, des éléments que je ne connaissais pas ou peu me sont apparus et en disent pas mal sur la façon dont les jeunes geeks japonais vivaient. Je pense en particulier au chapitre sur les jeux érotiques, un sujet que je connais peu. C’est très intéressant de voir que le personnage vit des choses par procuration avec ce genre de jeu et que les scènes de sexe, même si elles sont importantes, le sont moins que le développement des personnages qui lui permet d’avoir un attachement émotionnel (ainsi, il dira que les filles en 2D sont mieux que celles en 3D).

Un autre chapitre qui m’a beaucoup plus est celui concernant la nuit d’attente pour acheter Final Fantasy V à sa sortie. Le personnage principal avait été provoqué par un de ses camarades la veille à l’école, lui disant qu’il était tellement pauvre qu’il allait devoir attendre pour l’acheter d’occasion. De ce fait, son sang n’a fait qu’un tour, il a pris ses économies et a décidé de passer la nuit devant le magasin pour s’assurer d’avoir un exemplaire Day One (comme on dit chez les gamers). Et c’est au cours de cette nuit qu’il remarque que son camarade moqueur fait également la queue. De ce fait, ils se rapprochent et deviennent amis en partageant leur avancée dans Final Fantasy V. Ce chapitre est surement celui que j’ai préféré car je le trouve très authentique dans son écriture (comme le reste du manga par ailleurs) et surtout, il développe une idée qui me touche : les passions comme lien entre les gens. Je pense que cette chose me touche en particulier parce que mes passions n’ont quasiment jamais été un vecteur d’échange et de lien, et j’en ai souvent ressenti beaucoup de frustration. Mais un des rares cas d’échange dont je garde un bon souvenir à ce sujet me vient justement de la saga Final Fantasy, lorsqu’avec un ami, nous avions acheté le XIII à sa sortie sur PS3 et où on s’appelait et s’envoyait des sms pour partager notre avancée (et ce, même si FFXIII nous a au final pas mal déçu).

Enfin, l’humour du manga, que j’avais un tout petit peu évoqué, fait vraiment mouche pour moi. J’ai eu mes premiers sourires en voyant l’auteur se dénigrer lui-même, se qualifiant de « puceau merdeux », mais ce sont des petits détails bien trouvés qui m’ont vraiment fait rire. Que ce soit la mamie de la salle d’arcade toujours vivante même des années après, la posture les jambes écartées lorsqu’il joue pour pouvoir fuir au plus vite face aux autres collégiens qui veulent le frapper… Plein de petits détails vraiment drôles à mes yeux qui rendent la lecture d’autant plus agréable.

Avant de conclure, un petit mot sur les illustrations et l’édition. Alors visuellement, il est clair qu’on trouve facilement un trait plus riche et plus beau, mais le style du mangaka est vraiment de qualité. Je comprends de ce fait qu’on puisse trouver les illustrations assez moches, à base de grosses têtes et de corps tout fins, mais je trouve que le travail visuel reste de qualité, avec des visages très expressifs et un style vraiment reconnaissable.
Et du point de vue de l’édition, on peut dire que Omaké Manga fait un très bon travail pour son premier manga. Les pages sont assez épaisses, le format est très correct et la traduction de Florent Gorges est de qualité (même si ça me fait bizarre des choses comme « lol » « boloss » ou autres. Je me demande si dans le texte original on a des expressions contemporaines comme ici ou non). Un travail classique mais efficace, qui donne envie de faire confiance à l’éditeur pour la suite, même si ce sera surtout sur la qualité des titres choisis que cela se jouera.

En résumé, ce premier tome de Bip-Bip Boy remplit toutes ses promesses et donnent envie d’avoir les deux suivants rapidement. C’est un manga qui je pense ne peut que plaire aux fans de jeux vidéo et à ceux s’intéressant à la vie des jeunes japonais. C’est donc une très bonne pioche pour Omaké Manga qui devrait facilement trouver son public, et c’est pour moi la découverte d’un auteur qui me donne envie de me lancer dans son animé High Score Girl (disponible sur Netflix) au plus vite !

BipBip

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